Lutte contre
la corruption
Une tâche urgente pour les œuvres d’entraides, les missions et les Eglises
1. Introduction : incidence de la corruption sur le
développement 3
2. Définition, formes et ampleur de la corruption 5
2.1. Comment définir la corruption ? 5
2.2. La dimension internationale de la corruption 6
2.3. Corruption : classement des pays 7
2.4. Corruption au sein des œuvres
d’entraide, des sociétés de mission et
des Eglises ? 8
3. La corruption, un obstacle au développement 10
3.1. Les conséquences de la corruption sur le
développement 10
3.2.
Qui profite de la corruption, qui en sont les victimes ? 12
4. La corruption dans l’Ancien et le Nouveau Testament 13
5. Dix critères éthiques pour juger la corruption 14
6. Instruments politiques, juridiques et économiques de
lutte contre
la
corruption 16
6.1.
Instruments gouvernementaux 17
6.1.1. Lois 17
6.1.2. Clauses anti-corruption dans les
contrats de développement 17
6.1.3. Pactes d’intégrité 17
6.2. Instruments non-gouvernementaux 17
6.2.1. Codes de conduite et normes 17
6.2.2. Etude historique, culturelle, éthique 18
6.2.3. Education éthique 18
6.2.4. Médias 18
7. Les principaux acteurs de la lutte contre la corruption 19
7.1. Organisations multilatérales et la Suisse 19
7.1.1. OCDE 19
7.1.2. Union européenne 19
7.1.3. Conseil de l’Europe 19
7.1.4. Organisation des Etats américains
(OEA) 19
7.1.5. ONU 20
7.1.6. Banque mondiale 20
7.1.7. Fonds monétaire international (FMI) 20
7.1.8. Organisation mondiale du commerce
(OMC) 20
7.1.9. La Suisse 20
7.2.
Organisations non-gouvernementales, économie privée, Eglises
et
autres communautés religieuses 21
7.2.1. Organisation non-gouvernementales 21
7.2.2. Economie privée 21
7.2.3. Eglises 22
7.2.4. Autres communautés religieuses 22
8. Un code de conduite
pour les œuvres d’entraide et les Eglises et des
clauses étatiques 22
8.1. Code de conduite 1999 du Cameroun 22
8.2. Clause étatique anti-corruption de la DDC 24
9. Un programme œcuménique de lutte contre la corruption 25
10. « Check-list » de la lutte contre la
corruption pour les œuvres d’entraide, les missions et les Eglises 26
11. Bibliographie 28
Annexe : code de
conduite contre la corruption (français, allemand, anglais) 31
1. introduction : incidence de la corruption sur
le developpement
Comment augmenter les ressources de l’aide publique et privée
au développement ? Comment utiliser le mieux possible les ressources
disponibles en faveur du développement, dans le respect de la dignité des
populations pauvres et défavorisées ? C’est à ces deux questions qu’ont à
répondre, quotidiennement, les organisations de développement comme Pain pour
le prochain.
La
corruption est l’un des grands obstacles au développement. La corruption —
moins dans le domaine de l’aide privée que dans les relations avec des
gouvernements, les milieux de l’économie privée et les organisations
multilatérales — réduit l'efficience des efforts de développement, mine
l’esprit de justice, affaiblit la démocratie, enrichit les riches et conforte
les dictateurs. Le phénomène est répandu dans le monde entier ! Pas une
région, pas un pays n’y échappe. Même si la corruption est plus visible dans
des pays en développement et en transition qu’en Europe centrale ou du nord par
exemple, les entreprises de pays industrialisés ou les institutions étatiques
ou privées, qui tolèrent et acceptent la corruption, participent du même
phénomène !
La
corruption est aujourd’hui un thème récurrent et figure à l’ordre du jour de
pratiquement toutes les institutions s’occupant de politique internationale, en
particulier depuis 1989. Pourquoi ? Dans les années 70 et 80, il était
très difficile d’entrer en matière sur le sujet. Les démarches de l’ONU, de
1975 à 1979, ont échoué. L’intérêt témoigné aujourd’hui s’explique notamment
par la disparition de l’opposition Est-Ouest et par la rapide libéralisation
des marchés internationaux ; alors que la lutte contre la corruption se
débarrassait de toute idéologie, parallèlement la déstabilisation de certaines
sociétés et les différentes libéralisations ne faisaient que souligner le
problème. Les pays industrialisés ont commencé en 1994, timidement, à présenter
quelques ébauches de solution dans le cadre de l’OCDE. La Banque mondiale,
l’Union européenne et d’autres institutions ont suivi (voir chapitre 7).
Au
début de l’été 1994, je suis tombé sur un article de presse évoquant la
fondation de « Transparency International — Forum contre la corruption ».
Ce texte m’a obsédé. J’ai appelé le secrétariat à Berlin pour commander de la
documentation sur la manière dont l’organisation entendait s’y prendre pour
lutter contre la corruption. J’ai été séduit par l’idée de mesures
structurelles (légales et volontaires) et la coopération de membres de services
gouvernementaux, de milieux économiques, d’œuvres d’entraide et d’universités.
En automne de la même année, Pain pour le prochain et l’Institut d’éthique
sociale de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse convoquaient de
larges milieux pour une réunion sur la lutte contre la corruption. La
manifestation, en janvier 1995, devait rallier les milieux intéressés en Suisse
à la lutte contre la corruption ; elle a débouché, à l’initiative de Pain pour
le prochain, sur la fondation de Transparency Switzerland, la section suisse de
Transparency International. J'en ai été, depuis sa fondation et jusqu’en
février 1999, co-président et président, puis actuellement vice-président.
Depuis
1994, les efforts de lutte contre la corruption au niveau international se sont
multipliés (voir chapitre 7). Gênées par une législation plus contraignante,
par des audits plus rigoureux et par les découvertes toujours plus fréquentes
par la presse de cas de corruption touchant notamment des grands projets
d’infrastructure, certaines entreprises ont réagi en adoptant une série de
mesures touchant leur fonctionnement interne.
La
société civile est donc aussi désormais plus souvent invitée à participer à
cette lutte. Même si actuellement la plupart des activités anti-corruption sont
moins le fait de l’économie privée ou d’organisations non-gouvernementales
(ONG) que celui de gouvernements et d’institutions multilatérales. Les espoirs
restent considérables que la société civile et les ONG participent à la lutte
contre la corruption, mais il reste du chemin à parcourir. Lors de la 9ème
Conférence internationale anti-corruption, qui a réuni 1600 participants à
Durban (Afrique du Sud) en octobre 1999 — à laquelle j'ai participé — pratiquement
tous les exposés des milieux gouvernementaux ou multilatéraux parlaient des
espoirs placés dans la société civile. Si les ONG du Sud étaient plus ou moins
bien représentées, il n’y avait, en revanche, aucune œuvre d’entraide du
Nord !
C'est pourquoi cette publication s'intéresse à la question de
la contribution des œuvres d’entraide et des Eglises dans la lutte contre la
corruption. Tant il est vrai qu’œuvres d’entraide et Eglises constituent une
partie à la fois du problème et de sa solution. Les Eglises, les œuvres
d’entraide et les missions sont aussi touchées par ce qu’il est convenu
d’appeler la petite « corruption d’accélération » — par exemple
l’« enveloppe » glissée à un fonctionnaire pour faciliter le retrait
des biens humanitaires d’un port — que par la corruption impliquant des
responsables ecclésiaux soumis à un contrôle par trop peu démocratique. Les cas
de corruption touchent cependant plus rarement des projets de développement à
long terme que l’aide d’urgence et en cas de catastrophe, car ce type d’aide
requiert une rapide mise en place d’infrastructures. Dans ces situations, le
risque de corruption touchant les grandes institutions gouvernementales et leur
personnel est nettement plus important que dans les projets de coopération au
développement privée, comme on a pu le voir récemment dans les affaires d’ECHO,
de l'aide d’urgence de l’Union européenne ou de la Société du gouvernement
allemand pour la coopération technique (GTZ) ; plus de 380 actes de
corruption pour acquisition déloyale de biens humanitaires ont été découverts
et leurs auteurs condamnés à de lourdes peines privatives de liberté (Pieth et
Eigen, 1999).
Les
déclarations très claires faites devant l’assemblée plénière du Conseil
œcuménique des Eglises (COE) en décembre 1998 à Harare, montrent que les
Eglises reconnaissent mieux leur responsabilité à cet égard et commencent à
prendre conscience de l’ampleur du phénomène (voir chapitres 8 et 9). Je
propose donc aux Eglises un véritable « programme de lutte contre la corruption ».
Le
présent numéro de Repères doit servir
d’instrument de travail, en particulier pour les efforts de lutte contre la
corruption entrepris par les œuvres d’entraide, les missions et les Eglises
dont elles dépendent. Il s'adresse aux collaborateurs/trices des projets, des
organisations partenaires ; il pourra servir aussi de base pour les
discussions avec les entreprises ou les services gouvernementaux. La lutte
contre la corruption est plus qu’un sujet à la mode. Ce qui est en jeu, c’est
la crédibilité morale, économique et politique de personnes, d’institutions et
de sociétés et l’amélioration de l’efficacité des mesures de développement.
2. definition, formes et
ampleur de la corruption
2.1.
Comment définir la corruption ?
Il
y a plusieurs définitions de la corruption. L’une d’elles, internationalement
reconnue (notamment utilisée par Transparency International) est la
suivante : la corruption est l’abus du pouvoir public ou privé pour
satisfaire des intérêts particuliers. Il est ici surtout question de corruption
active ou passive entre un fonctionnaire et un particulier. Mais la corruption
concerne aussi des transactions entre particuliers, comme le montre la
définition de la Direction du développement et de la coopération(DDC) : « Est
corrompu le comportement de personnes investies de tâches publiques ou privées
qui manquent à leurs devoirs dans le but d'en retirer des avantages injustifiés
de nature quelconque " (DDC, 1998). La définition de l’économiste
éthicien Peter Ulrich souligne la force éthique du sujet : la corruption
est « le noyautage du bien commun par des intérêts particuliers. » (Maak et Ulrich, 1999). On
voit bien ici les valeurs éthiques que ces définitions contiennent (voir
chapitre 5).
On
peut citer comme caractéristiques de la corruption :
·
un moyen d’obtenir quelque chose
·
le caractère secret et le manque de
transparence de l’activité
·
la recherche non-légitime d’un avantage
personnel
·
l’acquisition non-légitime d’une chose à
laquelle on n’a pas droit
·
l’engagement économiquement inefficace de
moyens
·
l’abus de fonction, le népotisme, souvent
associé au chantage
·
la rupture d'un accord de confiance
·
le préjudice à l’intégrité morale et à un
« ethos » commun
·
une violation du droit associée à une
désagrégation du sens du droit et de la justice
La
corruption est donc nettement distincte
par exemple des cadeaux, d’éléments constitutifs d’un salaire et de pourboires.
On ne saurait toutefois justifier la corruption en affirmant qu’elle fait
partie d’une certaine « culture du cadeau ». Les cadeaux ne sont pas
secrets, ne sont pas liés à une contre-prestation clairement convenue ou à une
forme de chantage, ou du moins pas dans la mesure des sommes engagées dans la
corruption aujourd’hui ; celle-ci se chiffre souvent en millions de francs,
notamment dans le cas de projets étatiques d’infrastructure. Les paiements à
mettre sur le compte de la corruption et qui constituent une partie occulte
d’un salaire de fonctionnaire — comme c’est souvent le cas pour les policiers,
douaniers ou instituteurs dans des pays en développement — reflètent
effectivement souvent la situation matérielle catastrophique de ces
fonctionnaires. Il y a un lien évident entre le haut niveau de corruption d’un
pays et le bas niveau de salaire des fonctionnaires et agents du service public
(voir Rijckehem et Weder, 1997). Il convient cependant, compte tenu des
éléments mentionnés ci-dessus, de ne pas confondre les dessous-de-table et
autres pots-de-vin avec les paiements qui font en réalité partie d’un salaire
ou constituent des pourboires.
La corruption revêt différentes formes et peut avoir différents
motifs :
·
la
corruption de la pauvreté — souvent la « petite corruption » (en anglais,
« petty corruption ») — est
un phénomène engendré par la pauvreté (lorsque pendant des mois, les employés
de l’Etat ne sont pas ou extrêmement peu payés).
·
la
corruption du pouvoir — en général la
« grande corruption » (grand corruption) — tire sa source du désir de
pouvoir, de l’appât du gain, du maintien au pouvoir et de l’acquisition d’une
position économique.
·
la
corruption d’acquisition et la corruption d’accélération
servent à obtenir des biens ou des services qui sans cela ne pourraient pas
être obtenus, ou alors à un coût administratif beaucoup plus élevé ou hors des
délais ou de la période légale souhaitée.
2.2.
La dimension internationale de la corruption
La
corruption est l’un des plus gros obstacles à un développement économique juste
et équitable. C’est un véritable cancer qui gangrène le monde ! Le
problème touche autant le Nord, le Sud, l’Est que l’Ouest. La presse se fait
quotidiennement l’écho de cas de corruption : le Comité olympique, la
Commission de l’Union européenne — dont les commissaires, notamment en raison
d’accusations de corruption, démissionnaient en bloc le 15 mars 1999 ( !)
— etc. Un tiers des crédits de la Banque mondiale en Indonésie a disparu dans
la corruption ; au Cameroun, on ne compte même plus les cas de fraude et
corruption ; en Allemagne, la branche de la construction a été touchée (Pieth
et Eigen, 1999) ; en Suisse, un projet national de recherche est en cours
sur la question ; en Europe centrale et de l’Est, la corruption est
généralisée, etc.
Le
phénomène a pris ces dernières années, partout dans le monde, une ampleur
considérable. Des études montrent que jusqu’au milieu des années 80, les
dessous-de-table dans les relations économiques internationales constituaient
souvent 5-10% du volume de la commande. Aujourd’hui, ce taux a passé à 20% et
plus. Dans un contexte international marqué par une concurrence acharnée, de
nombreuses entreprises ont atteint le point de non-retour. Cela explique
qu’aujourd’hui elles sont beaucoup plus disposées à lutter contre ce fléau. On
estime que la somme des versements effectués dans le cadre de la corruption est
proche aujourd’hui du montant de la dette du tiers monde ! Ainsi, dans
l’étude qu’il a publiée en octobre 1995 à Manille, l’ombudsman du gouvernement
philippin Aniano Desierto note que durant les vingt dernières années, 48
milliards de dollars ont été perdus dans des actes de corruption, soit plus que
la totalité de la dette extérieure des Philippines, qui se monte à 41 milliards
de dollars !
2.3.
Corruption : classement des pays
Transparency
International (TI) publie chaque année depuis 1995 une liste qui indique pour
chaque pays dans quelle mesure la corruption est perçue par les milieux
d'affaires, la population et la communauté internationale. Cet indice des perceptions de la corruption (Corruption Perception Index, CPI) a été
en permanence et systématiquement affiné. Il s’appuie sur trois enquêtes au
moins par pays. Comme ces enquêtes n’ont pas pu être réalisées dans la même
mesure partout, l’indice ne contient pas, loin s’en faut, tous les pays de la
planète. L’absence d’un pays ne dit ainsi rien de son degré de corruption.
L’indice donne des tendances. Au moment de sa publication, il déclenche à
chaque fois de violentes réactions politiques dans les pays figurant en queue
de liste, mais aussi quelques mesures de correction ; il a donc des effets
réels. Les pays en développement surtout sont particulièrement mal notés.
Cette
image, incomplète et unilatérale, est désormais corrigée par un deuxième indice
de corruption établi par TI. Il a été publié pour la première fois le 26
octobre 1999 : l’indice des payeurs
de pots-de-vin (Bribe Payers Index, BPI) enregistre non plus les
bénéficiaires de pots-de-vin, mais les « donneurs ». On voit dès lors
apparaître également les pays industrialisés, des pays qui hébergent les sièges
des grandes sociétés internationales (pour les détails des méthodes et des
sources des deux indices, voir la page d’accueil de Transparency
International : http ://www.transparency.de).
TI 1999 : Indice des payeurs de pots-de-vin
des 19 principaux pays exportateurs
|
Rang |
Pays |
Points |
Rang |
Pays |
Points |
|
1 2 4 5 6 7 8 9 |
Suède Australie Canada Autriche Suisse Pays-Bas Grande-Bretagne Belgique Allemagne Etats-Unis |
8,3 8.1 8,1 7,8 7,7 7,4 7,2 6,8 6,2 6,2 |
11 12 13 14 15 16 17 18 19 |
Singapour Espagne France Japon Malaisie Italie Taiwan Corée du Sud Chine. pop. (avec
Hong-Kong) |
5,7 5,3 5,2 5,1 3,9 3,7 3,5 3,4 3,1 |
TI 1999 : Indice des perceptions de la
corruption
|
Rang |
Pays |
Rang |
Pays |
Rang |
Pays |
Rang |
Pays |
|
1 2 3 5 7 8 9 11 12 13 14 15 17 18 19 20 21 22 24 25 27 |
Danemark Finlande Nouvelle-Zélande Suède Canada Islande Singapour Pays-Bas Norvège Suisse Luxembourg Australie Grande-Bretagne Allemagne Hong-Kong (Chine) Irlande Autriche Etats-Unis Chili Israël Portugal France Espagne Botswana Japon Slovénie Estonie |
28 29 31 32 34 36 38 39 40 41 43 44 45 49 50 53 54 |
Taiwan Belgique Namibie Hongrie Costa Rica Malaisie Afrique du Sud Tunisie Grèce I. Maurice Italie Tchéquie Pérou Jordanie Uruguay Mongolie Pologne Brésil Malawi Maroc Zimbabwe Salvador Jamaïque Lituanie Corée du Sud Slovaquie Philippines Turquie |
56 58 63 68 70 71 72 74 75 80 82 |
Mozambique Zambie Biélorussie Chine pop. Lettonie Mexique Sénégal Bulgarie Egypte Ghana Macédoine Roumanie Guatemala Thaïlande Nicaragua Argentine Colombie Inde Croatie Côte d’Ivoire Moldavie Ukraine Venezuela Vietnam Arménie Bolivie Equateur Russie |
84 87 90 93 94 96 98 99 |
Albanie Géorgie Kazakstan Kirghizistan Pakistan Ouganda Kenya Paraguay Yougoslavie Tanzanie Honduras Ouzbékistan Azerbaïdjan Indonésie Nigeria Cameroun |
La
nouvelle analyse s’appuie sur un sondage détaillé auprès de quelque 770
dirigeants de grandes entreprises, sociétés d’audit, chambres de commerce
binationales, importantes banques commerciales et avocats d’affaires dans 14
principaux pays émergents. Ont été interrogés également des citoyens étrangers
ainsi que des dirigeants d’entreprises internationales. Il s’agissait de
déterminer dans quelle mesure les entreprises étaient disposées à corrompre de
hauts fonctionnaires.
2.4.
Corruption au sein des œuvres d’entraide, des sociétés de
mission et des
Eglises ?
Les
œuvres d’entraide, les missions et les Eglises sont elles-mêmes partie à la
fois du problème et de sa solution. Dans ce qu’on appelle la petite
« corruption d’accélération » — par exemple lorsqu’il s’agit de
dédouaner ou d’accélérer la sortie de marchandises d’un port — ou la petite
« corruption d’obtention », pratiquée pour obtenir des autorisations,
les Eglises, avec leurs projets de développement et leurs œuvres d’entraide,
sont généralement aussi concernées par le phénomène que les autres secteurs de
la société. Cela, sans oublier les cas de corruption qui sont le fait de
responsables et cadres d’Eglise dont le contrôle n’a rien de très démocratique,
qui accumulent un pouvoir excessif ou encore qui pratiquent un véritable
népotisme. Toutefois, dans les projets de développement à long terme, les cas
de corruption importants sont, d’après mon expérience et mon analyse, plutôt
l’exception. Quand ils sont découverts, les auteurs sont toujours plus souvent
sanctionnés et jugés par des tribunaux. Reste que, par exemple, les contrôles
des comptes ordinaires sont effectués par des sociétés d’audit qui (dans les
catégories de la coopération privée au développement) se font payer pour cela,
mais leurs révisions manquent souvent de rigueur et ne constituent donc pas des
instruments permettant de déceler des cas de corruption. Dans certains de leurs
projets, les œuvres d’entraide et leurs partenaires devraient avoir le courage
d’investir plus de moyens pour assurer une révision financière crédible,
indépendante et sérieuse.
La
co-responsabilité des organisations donatrices du Nord dans la corruption ne
consiste pas, en général, dans leur implication dans des transactions douteuses,
mais dans le choix de continuer à soutenir des organisations dont elles
connaissent pertinemment le fonctionnement douteux. C’est pourquoi lors du
séminaire anti-corruption en mars 1999 (voir chapitre 8), les organisations
partenaires du Cameroun ont clairement fait savoir à leurs partenaires du Nord
qu’elles attendaient d’eux une plus grande sévérité et qu’ils cessent ou
interrompent le financement de partenaires corrompus dans les pays du
Sud ; en effet, la poursuite de la coopération est alors considérée comme
une caution de la corruption. Dans ce cas, on voit bien comment les
organisations qui apportent de l’aide peuvent représenter elles-mêmes une
partie du problème de la corruption.
La
situation est plus difficile dans le domaine de l'aide d’urgence et de l’aide
en cas de catastrophe ; là, la nécessité d'obtenir immédiatement des
autorisations pour les avions et les transports, l’urgence des secours et des
mesures de sécurité augmentent les risques de corruption et de chantage sur les
donateurs. En particulier lors d’importantes opérations et dans le cas de
grandes institutions étatiques ou multilatérales, le risque de corruption est
très réel, comme en ont témoigné récemment les cas d'ECHO, de l'aide d’urgence
de l’Union européenne ou de la Société de coopération technique du gouvernement
allemand (GTZ), où plus de 380 fauteurs de corruption ont été condamnés à de
lourdes peines privatives de liberté pour obtention injustifiée de biens de
secours (Pieth et Eigen, 1999).
La
plus grande partie des projets de développement soutenus par les œuvres
protestantes d'entraide et de mission est certes exempte de corruption — sauf
en ce qui concerne la petite corruption (par exemple pour l’obtention
d’autorisations) à laquelle la plupart des projets ne peuvent ou ne veulent
renoncer. Mais, même s’ils touchent une minorité des projets, les cas de
corruption affaiblissent cependant l’image de la coopération au développement,
dans son ensemble assez vulnérable. Avec les quelques ébauches de solution évoquées
ici, qui semblent prometteuses, nous avons bon espoir que la coopération au
développement et le travail de mission remportent la victoire dans ce combat
contre la corruption.
3. la corruption, un
obstacle au developpement
3.1.
Les conséquences de la corruption sur le développement
Les
conséquences négatives de la corruption (notamment de la grande, mais aussi de
la petite corruption) sont les suivantes :
· Mauvaise orientation du
développement (allocation erronée de ressources)
dans des secteurs essentiels (télécommunications, santé, énergie, transports et
systèmes de transport, défense) : les investissements ne sont pas faits là
où la nécessité économique, sociale et politique l’exigerait, mais là où les
perspectives, pour des fonctionnaires, de percevoir des pots-de-vin sont les
meilleures.
· Accroissement de
l’endettement : comme ils ne produisent pas le
bénéfice économique espéré, les investissements dans le développement aggravent
encore la situation au niveau du service ou du remboursement de la dette !
· Défaut de rentrées
fiscales et autres recettes de l’Etat pour des tâches
publiques, à cause de fonctionnaires corrompus et donc d’une moralité douteuse
en matière de paiement.
· Évasion fiscale,
puisque aucun impôt ne peut être perçu sur l’argent de la corruption.
· Diminution de la qualité,
via un abaissement des normes.
· Risques accrus pour la
sécurité, la santé et l’environnement, via par exemple
la construction d’un pont avec des matériaux bon marché pour compenser les
dépenses réalisées dans des transactions douteuses, la négligence des standards
environnementaux, le contournement des dispositions sur les ressources
renouvelables comme l'exploitation forestière.
· Distorsion
de la concurrence et du marché.
· Inefficacité économique,
lorsque, par exemple, la valeur d’un investissement est en partie anéantie et
des produits sont vendus plus chers sans contrepartie.
· Effet négatif sur les
investisseurs potentiels et paralysie de l’esprit de développement
dans un pays.
· Accroissement des
disparités de bien-être entre les classes
sociales (renforcement de petites élites, ralentissement du développement des
classes moyennes).
· Augmentation du manque de
transparence, vulnérabilité au chantage et pratiques
mafieuses.
· Perte de confiance
dans l’Etat et l’économie.
· Affaiblissement de
l’intégrité morale et de la crédibilité
de personnes et d’institutions.
· Perte d’esprit
démocratique, puisque les décisions transparentes sont
une condition de la démocratie et que les élections sont biaisées en raison
d’actes de corruption.
· Dimension hommes/femmes :
consolidation du pouvoir de ceux qui le détiennent déjà (les hommes en
général), par exemple pour l’accès à la terre, à la propriété, aux fonctions
publiques et aux positions de pouvoir.
· Affaiblissement du
système juridique et des contrôles de l’Etat de droit pouvant
aller jusqu’à l’incapacité de fonctionnement de gouvernement.
· Appui aux dictatures,
qui financent parfois avec les pots-de-vin leurs appareils de sécurité privés
et sont ainsi indépendants des contrôles de leurs propres parlements.
· Détérioration
de la confiance dans la coopération
publique et privée au développement.
On
pourrait se demander, à la lecture de cette énumération, pourquoi les œuvres
d’entraide ne se sont pas engagées dans la lutte contre la corruption avec
autant de détermination que dans le combat pour le désendettement des pays en
développement ! Même d’un point de vue purement quantitatif, la corruption
est, pour le développement, aussi importante que l’endettement ! On
connaît aujourd’hui le lien entre le niveau d’endettement et l’ampleur du
phénomène de la corruption, même si la corruption n’est qu’un facteur parmi
d’autres du niveau de l’endettement ! On a reconnu aussi le lien entre le
niveau d’endettement et le volume des capitaux en fuite à l’étranger. Le cas du
Nigeria est exemplaire : une dette extérieure de 28 milliards de dollars
et 50 milliards de dollars de fortune privée sur des comptes à
l’étranger ! Les crédits du Fonds monétaire international (FMI) et de la
Banque mondiale ne font donc souvent qu’accroître l’endettement lorsqu’ils ne
sont pas associés à des critères de transparence. « Tant que l’industrie
de l’aide au développement (du FMI, de la Banque mondiale et de la Banque
africaine de développement) ne sera pas soumise aux mêmes règles de
transparence et aux mêmes obligations de rendre des comptes que celles que ces
mêmes institutions exigent des destinataires de l’aide, le cercle vicieux de
l’aide et du développement ne pourra pas être brisé », écrivait récemment
un chercheur en Tanzanie (Cooksey, 1999).
La
corruption exerce un effet tout aussi néfaste sur les recettes fiscales des
pays en développement. Il ne s’agit plus là seulement de la grande corruption,
mais aussi de la petite corruption au niveau local et régional. Un chercheur
norvégien en sciences sociales m’a parlé de sa dernière étude (1999) sur le
système fiscal dans trois régions de la Tanzanie ; il a constaté que dans
certaines régions, 95% des impôts aboutissaient non pas dans les caisses de
l’Etat, mais dans les poches des agents du fisc et collecteurs d’impôts. Cette
situation a déclenché des manifestations quotidiennes et entraîné le refus de
payer des impôts. L’évasion fiscale est aussi une conséquence de la corruption,
car les pots-de-vin ne sont pas imposés. En Argentine, l’évasion fiscale
représenterait 40 à 50% des impôts dus ! Au Cambodge, et pour la seule
année 1996, la corruption a coûté à l’Etat 100 millions de dollars de recettes
de la vente de bois tropical ; cela représentait un tiers des recettes globales
de l’Etat en 1996 !
Dans
la conception du développement, on a souvent estimé que la démocratisation et
la libéralisation des marchés étaient des facteurs de réduction automatique de
la corruption, considérant que ces deux facteurs étaient les meilleurs remèdes
à la corruption. Si cet axiome paraît théoriquement logique, la pratique ne
vient malheureusement pas le confirmer. On voit que dans de nombreux pays, la
démocratisation et la libéralisation tendent au contraire à exacerber le
phénomène de la corruption. On ne peut toutefois pas en déduire que la
démocratie et l’économie de marché soient nécessairement plus exposées à la
corruption ; historiquement, ce n’est d’ailleurs pas fondé, pas plus que
l’inverse. L’ancien directeur général de la coopération au développement de
l’Union européenne et membre fondateur de Transparency International, Dieter
Frisch, livre une interprétation plausible : « L’opposition apparente
entre théorie et pratique pourrait bien s’expliquer par le processus de transition
dans lequel se trouvent les sociétés en question, c’est-à-dire dans un système
qui s’achève alors que le nouveau système n’est pas encore établi »
(Frisch, 1999). Les phases de transition et les processus de transformation
sont souvent liés à des faiblesses et incertitudes du système juridique, ce qui
favorise la corruption.
La
corruption met en danger la démocratie de multiples manières : manque à
gagner fiscal et évasion fiscale, fraudes électorales, vulnérabilité des
fonctionnaires à divers chantages. Les coûts croissants des campagnes
électorales sont une cause de plus de corruption : le ou les élus
financeront ces campagnes en puisant dans des « caisses noires »
constituées par des pots-de-vin.
3.2.
Qui profite de la corruption, qui en sont les victimes ?
La
corruption fait des gagnants et des perdants. Ces derniers sont en général les
pauvres — même s’ils sont contraints pour survivre à pratiquer eux aussi la
petite corruption — et la communauté ; ce sont les populations
défavorisées qui vont être le plus fortement touchées par le coût de la
corruption, par le maintien au pouvoir d’une petite élite grâce à des moyens
obtenus frauduleusement, par les menaces sur la sécurité et la santé que font
peser les options écologiques ou en matière de construction, par les juges
corrompus qui violent leurs droits, par un défaut de recettes fiscales
nécessaires aux services publics de formation et de santé, etc. La corruption
peut aussi avoir une dimension « sexospécifique » (la section locale
de TI du Zimbabwe s’occupe en
particulier de cette dimension) : il se peut, en effet, que les femmes
soient plus fortement exposées que les hommes aux conséquences de la
corruption, dès lors que la corruption sert souvent aux hommes à se maintenir
au pouvoir (accès à la terre, à la propriété et aux fonctions importantes). On
peut donc supposer que les hommes sont plus impliqués que les femmes dans des
pratiques corrompues. D’où l’importance de la participation des populations
féminines à la lutte contre la corruption.
Les
gagnants, à ce jeu-là, sont en général les individus et non les
communautés : les riches, les décideurs, les fonctionnaires à tous
niveaux, qui étendent encore leur pouvoir, mais aussi vivent dans un système de
dépendance mutuelle et de peur, lié au manque de transparence inhérent aux
pratiques de corruption. Cela dit, des études plus précises sont encore à
réaliser pour déterminer à qui profite vraiment la corruption et qui en pâtit.
4. la corruption dans l’ancien
et le nouveau testament
La
corruption est presque aussi ancienne que l’homme, mais on la connaît ou
reconnaît depuis qu’existe une
jurisprudence. Les thèses bibliques fournissent plusieurs des critères éthiques
de jugement de la corruption. On pourra consulter utilement, à ce propos, deux
récentes études théologico-éthiques très complètes (Rennstich, 1990, Kleiner,
1992).
La
plus ancienne mention de la corruption, dans l’Ancien Testament, apparaît dans l’Exode, juste trois chapitres
avant les Dix commandements (Kleiner) : « Tu ne recevras point de
présent, car les présents aveuglent ceux qui ont les yeux ouverts et corrompent
les paroles des justes/Tu n’accepteras pas de cadeau, car le cadeau aveugle les
clairvoyants et compromet la cause des justes » (Ex 23,8 L.). Cet interdit
émane de l’époque pré-royale, et ce n’est pas un hasard s’il est adressé à des
juges, les enjoignant de ne pas accepter de « cadeaux »
(c’est-à-dire, ici, de pots-de-vin). La jurisprudence impartiale est
essentielle depuis le début de tout système juridique. Le phénomène était connu
également dans le monde de l'Ancien Testament en Égypte et en Mésopotamie, mais
on trouve, déjà dans le Livre de l’Exode, une formulation d’une loi contre la
corruption ! Le fondement éthique de l’interdiction de la corruption est
aussi important : vérité et justice, en particulier la protection
juridique des pauvres.
Au
temps de la royauté, il est fait mention des fils du roi Samuel qui « ont
accepté des pots-de-vin » (1 S 8,3). Dans le Livre des Rois, il apparaît
nettement que la corruption a aussi été un instrument de politique étrangère et
militaire : on a soudoyé les alliés de l’adversaire pour mener des
opérations militaires contre lui (1 R 15,19, 2 R 16,8).
Mais
c’est chez les Prophètes que le fondement théologique du refus de la corruption
apparaît le plus clairement. L’Éternel Yahveh est incorruptible, car Il est
lui-même le droit et la justice. C’est pourquoi aussi Il achète le retour de
son peuple Israël de l’exil dans son pays en payant le roi Kyros, mais pas avec
de l’argent « sale » (comme certains du peuple le lui ont peut-être
suggéré ?). La corruption détruit la communauté. Quiconque corrompt est
immédiatement considéré comme sans-Dieu et par conséquent aussi exclu de la
proximité avec Dieu (Pr 17,23). Craint Dieu celui qui ne corrompt pas (Ps
26,10).
Il
est aussi question de corruption dans le Nouveau
Testament. Là aussi, elle est généralement condamnée. Selon le récit de la
Passion et du temps précédant la Pâque, Judas a été acheté par le Grand Prêtre
(Mc 14,10). Celui-ci et les anciens ont sans doute payé les soldats pour qu’ils
fassent courir la rumeur selon laquelle Jésus n’est pas ressuscité, mais que sa
dépouille a été volée (ce passage est contesté du point de vue historique). On
parle encore de subornation de juges dans les Actes des Apôtres, lorsque le
gouverneur Felix semble attendre de Paul de l’argent pour le prix d’un jugement
clément qu’il rendra contre lui (Ac 24,26). Il est connu que les douanes
contrôlées à l’époque de Jésus par les Romains étaient corrompues ; ce
fait est attesté par le récit des biens injustement acquis par Zachée, chef des
publicains, puis de sa conversion (Lc 19, 1-10). Mais la forme peut-être la
plus dangereuse de la corruption est celle qui touche à la foi, comme en
témoigne l’histoire de Simon (le magicien) : celui-ci offre aux apôtres
Pierre et Jean de l’argent pour obtenir la faculté de faire venir le
Saint-Esprit par imposition des mains (Ac 8,8-24). La morale de cet épisode est
que ce qui est un don de Dieu ne saurait être acquis à prix d’argent.
Ces
messages bibliques sur la corruption, souvent transmis par le biais de récits,
sont importants pour l’éthique, car ces histoires transmettent les
« images d’une vie réussie et d’une société exempte de corruption »
(Bondolfi, 1996). On y retrouve les valeurs fondamentales qui vont donner
naissance à une éthique de la transparence.
5. dix critères ethiques
pour juger la corruption
Le
caractère éthiquement répréhensible de la corruption fait l'objet d'un large
consensus, par-delà les frontières culturelles ; elle ne serait pas,
sinon, pratiquée de manière aussi occulte, dans l’ombre. Estimer que la
corruption appartient à la culture des pays du Sud et constitue une partie de
leur "culture du cadeau" est une justification fataliste qui ne résiste
pas à l'analyse, historique et sociologique. Dans les sociétés africaines, par
exemple, la corruption a considérablement augmenté dans le cadre des structures
politiques coloniales et post-coloniales et du commerce international actuel.
En outre, au niveau de la terminologie, nous avons établi une distinction
claire entre ce qui relève de la corruption et ce qui représente un cadeau.
Les critères éthiques
pour juger de la corruption sont :
· La justice :
est juste ce qui comble le fossé entre pauvres et riches. Est juste ce qui sert
le mieux les intérêts des plus faibles (J. Rawls). La grande corruption accroît
l’avantage des puissants et creuse ainsi le fossé entre les riches et les
pauvres.
· L'égalité, le même droit
pour tous, y compris pour les pauvres : la
corruption sape souvent les droits des plus faibles qui n’ont pas les moyens de
corrompre ou dont les droits ne sont pas respectés par des juges corrompus.
Ainsi, comme en témoigne déjà l’Ancien Testament, « Tu ne recevras point
de présent (il s’agit ici de pots-de-vin), car les présents aveuglent ceux qui
ont les yeux ouverts et corrompent les paroles des justes » (Ex 23,8).
· La vérité :
un motif de corruption reste la crainte de la vérité, ce qui conduit souvent au
déni de l’Etat de droit et à la violence. Comme nous venons de le voir, cette
forme-là de corruption est déjà attestée dans la Bible (cf. ci-dessus).
· La liberté :
la corruption crée un réseau serré de dépendances réciproques et de pressions,
et entrave ainsi l’expression de la liberté politique — respect des droits et
devoirs des citoyens et des droits humains.
· Le travail :
« La corruption remplace l’activité économique par le vol »
(Conférence épiscopale du Pérou, 1989). Elle biaise les règles du marché,
puisqu’elle ne rémunère pas une prestation, mais les structures de pouvoir
existantes.
· Le rationalisme et
l'efficacité : la corruption accroît
« l’efficience » de certains individus seuls en réduisant
l’efficacité de tout le système, ce qui est une aberration en termes économiques.
· La participation :
la corruption repose sur l’absence de transparence, ce qui est contraire au
contrôle démocratique et à la participation du public. La participation aux
processus de décision suppose une véritable information.
· Les droits de l’Homme :
la corruption empêche que l’individu ne puisse jouir des droits qui lui ont été
attribués, puisqu’il doit les acheter. Celui qui possède peut ainsi jouir de
son « droit » mieux que celui qui ne possède rien. L’assemblée du
Conseil œcuménique des Eglises (COE) en 1998 a estimé que la protection de
l’individu contre des actes de corruption relevait d’un droit humain
élémentaire.
· Le bien commun avant le
profit personnel : la corruption en tant qu’abus de
pouvoir public ou privé pour satisfaire des intérêts particuliers (selon la
définition donnée au chapitre 2) sacrifie l’intérêt commun à l’intérêt
particulier. La corruption, comme le constatent à juste titre les économistes
éthiciens Peter Ulrich et Thomas Maak
(Maak et Ulrich, 1999), est le « noyautage du bien commun par les intérêts
particuliers ».
· L'exercice responsable du
pouvoir : on invoque souvent pour justifier la
corruption la survie économique à court terme (la nécessité d’obtenir des
commandes), mais il s’agit souvent, de la part de ceux qui pratiquent la
corruption, de cupidité et de désir de puissance, ce qui s’oppose à un exercice
responsable du pouvoir.
Ces
critères concernent en particulier la grande corruption. La petite corruption
« au quotidien » est souvent moralement plus justifiée : est-il
condamnable pour un petit employé d’améliorer son salaire de misère pour faire
vivre sa famille ? Condamnable le douanier qui accepte une
« enveloppe » pour accélérer la livraison de médicaments destinés à
un pauvre dispensaire de campagne, pour sauver des vies ? Si cette petite
corruption de misère est compréhensible, il faut cependant la refuser au plan
éthique, car, comme la grande corruption et même si ses conséquences sont moins
lourdes, elle sape la confiance, perturbe la communauté, ruine la démocratie.
Cela ne veut pas dire qu’elle ne soit pas — ou de "doive" pas — être
pratiquée au titre de stratégie de survie ou à cause des structures iniques,
dans la mesure où il n’est guère possible, individuellement, d’y échapper. Mais
on ne peut pas, pour autant, la considérer légitime d’un point de vue éthique,
encore moins admettre une individualisation de la « faute ». Ici
comme dans d'autres domaines de la vie, l'imbrication dans des structures
injustes est partie du dilemme éthique de l’être humain qui fait que nous ne
pouvons pas vivre sans responsabilité. Et nous sommes là, précisément, au cœur
du discours chrétien sur le pardon. Le pardon permet à celui qui le donne de
nommer l’injustice comme telle — même si on ne peut pas toujours y échapper — au
lieu de la justifier éthiquement. Le pardon libère de la contrainte de
l’innocence.
6. instruments politiques, juridiques et economiques de lutte contre
la corruption
L’augmentation
constante de la corruption et son acceptation de fait toujours assez largement
répandue (malgré des critiques ouvertes) mine le fondement d’une éthique
économique planétaire dont l’économie mondiale moderne, interdépendante, a
besoin pour durer. Il faut aiguiser la conscience que la corruption, en raison
des ravages qu’elle exerce sur le développement, la politique, l’économie et la
culture, est immorale.
Ce
n’est pas en premier lieu par des appels à l’éthique lancés à certaines
personnes que la corruption diminuera, mais par des mesures structurelles
communes qui permettront aux acteurs (économiques) de renoncer à verser des
pots-de-vin sans risquer d'être pénalisés en matière de concurrence. Nous
sommes là au cœur de l'éthique sociale comprise comme la mise en place,
éthiquement responsable, de structures. Il faut mettre en œuvre plusieurs
instruments simultanément. Comment entrepreneurs et entreprises, gouvernements,
administrations, associations économiques, Eglises et œuvres d’entraide
peuvent-ils, ensemble ou séparément, contribuer à lutter contre la corruption ?
Plusieurs
ébauches de solution sont actuellement en discussion ou en phase
d’application : renforcement du droit pénal, du droit fiscal, de la
pratique des révisions et adjudications (voir Pieth et Eigen, 1999) ; ce
sont là des instruments centraux. En font partie quelques « îlots
d'intégrité », universellement valables ou spécifiques à chaque branche
(promus par Transparency International), des réformes légales comme en Suisse
sur le blanchiment d’argent sale et la possibilité de déduction fiscale des
pots-de-vin, les réformes administratives dans les pays du Sud et de l’Est, la
sensibilisation des populations, l'appui des lignes directrices de l’OCDE pour
la lutte contre la corruption et l'abandon de la garantie des risques à
l’exportation si l'on peut prouver qu’il y a eu des transactions douteuses. Les
codes de conduite volontaires (voir chapitre 8 et Pieth et Eigen, 1999) sont un
instrument important d’accompagnement immédiatement applicable par les
institutions, sans qu’il soit nécessaire d’attendre de l’Etat des modifications
des lois.
Mentionnons
quelques instruments de la lutte contre la corruption :
6.1.
Instruments gouvernementaux
6.1.1. Lois
Le
droit pénal et le droit fiscal présentent d’importantes possibilités de lutte
contre la corruption, comme aussi la législation sur la garantie des risques à
l’exportation, la comptabilité, le secteur bancaire, le blanchiment d’argent
sale, l’entraide judiciaire internationale, etc.
6.1.2. Clauses
anti-corruption dans les contrats de développement
Le
comité de développement (CAD) de l’OCDE a invité ses pays membres en mai 1996 à
intégrer des clauses anti-corruption dans leurs contrats de développement. La
Suisse a mis en œuvre ces recommandations depuis 1998 à la Direction du
développement et de la coopération (DDC) et au Secrétariat d’Etat au Commerce
(SECO). Toutes les œuvres d’entraide privées qui reçoivent des fonds de la
Confédération pour le développement, donc également Pain pour le prochain et l’EPER, ont introduit ces clauses depuis
1999 dans leurs contrats avec la DDC.
6.1.3. Pactes d’intégrité
Transparency
International a développé des mécanismes dits d’intégrité, appelés
« pactes » ou « îlots d’intégrité » (« islands of
integrity »). Ces pactes donnent aux différents participants à un concours
économique les mêmes possibilités d’accéder à une adjudication. Exemple :
dans un appel d’offres en faveur d’un projet d’infrastructure comme un
aéroport, une centrale électrique, un barrage ou un réseau de
télécommunications, un gouvernement décide que seules peuvent faire une
soumission les entreprises dont les dirigeants ont signé le pacte d’intégrité,
ce dernier interdisant tout paiement ou acceptation de pots-de-vin. Le contrôle
de ce pacte est, comme pour toutes les mesures anti-corruption, d’une
importance capitale.
6.2.
Instruments non-gouvernementaux
6.2.1. Codes de conduite
et normes
Les
entreprises adoptent toujours plus souvent des codes de conduite internes,
spécifiques à la branche d’activité ou de type général, qui contiennent aussi
des clauses anti-corruption. Ces codes sont volontaires et dans l’ensemble un
bon instrument pour démarrer la lutte contre la corruption ; ils peuvent
être très efficaces à l’intérieur de l’entreprise s’ils prévoient des
mécanismes de sanction. Ils sont toutefois un instrument relativement faible,
si le contrôle est uniquement interne. Ils sont un complément, mais ne
remplacent pas les mesures législatives nécessaires de l’Etat. Les codes de
conduite contre la corruption sont créés toujours plus souvent à l’intention de
fonctionnaires de l'Etat, de groupes professionnels, etc. ; une collection
de 36 de ces codes est disponible auprès de Transparency International (voir
bibliographie).
Il
faut inviter les ONG à utiliser plus souvent les codes contre la corruption. Le
code qui a été mis au point pour le Cameroun est un bon modèle. On travaille
déjà actuellement (notamment Transparency International) à un modèle standard
pour les ONG et entreprises privées. Ce modèle pourrait, comme les normes
sociales ou écologiques (par exemple SA 8000 ou ISO 14000), jouer un rôle
important.
6.2.2. Recherche
historique, culturelle, éthique
Il
est aussi important de se pencher et d’analyser les raisons profondes d’un
comportement vénal. Outre les aspects économiques évidents, les facteurs
relatifs à l’histoire coloniale, à l’histoire de la mission, mais aussi des
facteurs ethniques et religieux sont éclairants. Un professeur de sociologie
nigérian m’a ainsi fait remarquer qu’il existait, dans son pays, un lien entre
la corruption et les sacrifices faits aux ancêtres : l’argent accordé à
des dirigeants politiques ainsi qu' à des prêtres ou pasteurs chrétiens est
considéré comme une sorte « d’indulgence » qui doit servir à obtenir
la faveur des ancêtres. A l’évidence, il serait intéressant d’étudier le lien
possible entre corruption et « mécanisme d’indulgence ».
6.2.3. Éducation éthique
L’éducation
religieuse et éthique des familles, les Eglises, les écoles et les médias sont
un terrain important où peut se construire, à long terme, la lutte contre la
corruption. Tant que celle-ci reste un phénomène toléré comme une réalité
pratique quotidienne et incontournable de l’activité économique, on ne pourra
pas vaincre ce fléau. A cet égard, j’ai trouvé, dans un manuel pédagogique de
l’école secondaire pour l’éducation éthique au Cameroun, un chapitre entier sur
la corruption !
6.2.4. Médias
Est
également important, le journalisme d’enquête qui permet de déceler des cas de
corruption. Toutefois, comme le montre l’expérience dans de nombreux pays, ce
n’est possible que si les journalistes concernés et les médias sont protégés
(sécurité personnelle) et si la liberté d’expression est garantie. Dans le
contexte actuel de lutte contre la corruption au niveau international et
étatique (du moins au niveau verbal), ces conditions se sont améliorées ces
dernières années.
7. les principaux acteurs de la
lutte contre la corruption
7.1.
Les organisations multilatérales et la Suisse
7.1.1. OCDE
La
convention de l’OCDE sur la lutte contre la corruption dans les transactions
internationales a été signée en décembre 1997 et est entrée en vigueur en
février 1999. Elle a un objectif limité, mais est d’une très grande portée
politique et économique, car elle est orientée sur la pratique et la capacité
de mise en œuvre. Les intérêts économiques ou les intérêts particuliers
bilatéraux sont clairement subordonnés aux objectifs juridico-politiques de la
lutte contre la corruption. Cela ne va pas nécessairement de soi si l’on pense
que les Etats, par exemple dans leurs exportations d’armes, ont eux-mêmes
recours à des pratiques de corruption pour des questions d’intérêts
économiques.
7.1.2. Union européenne
L’Union
européenne (UE) a récemment développé un programme global de lutte contre la
corruption pour ses membres. La convention pour la protection des intérêts
économiques de 1995 en a été le premier élément. Dans une ordonnance y
afférente, elle a formé des délégations officielles pour la lutte contre la
corruption qui représentent une partie des intérêts économiques de la
communauté. De facto, l’UE elle-même connaît de graves cas et des accusations
de corruption qui ont entraîné la démission collective de la commission le 15
mars 1998. L’aide d’urgence de l’UE a aussi été touchée par la corruption.
7.1.3. Conseil de
l’Europe
Le
Conseil de l’Europe a préparé un projet de procédure juridique pour les cas de
corruption. Les travaux sont avancés, mais pas encore achevés. A la différence
de la convention de l’OCDE, le projet part d’une définition large de la
corruption ; il inclut, en effet, la corruption active et passive de
fonctionnaires ainsi que la corruption par des particuliers et des milieux de
l’économie privée.
7.1.4. Organisation des
Etats américains (OEA)
La
convention de l’OEA contre la corruption de 1996 part, elle aussi, d’une
définition plus large, puisqu’elle comprend même, en plus de la définition
traditionnelle, l’enrichissement inexpliqué.
7.1.5. ONU
Dans
le cadre de la lutte contre la corruption, l’Assemblée générale des Nations
Unies a approuvé en 1996 deux résolutions ; elle a récemment encore accru
ses efforts.
7.1.6. Banque mondiale
La
Banque mondiale a entamé, depuis environ deux ans, avec le nouveau président
James Wolfensohn un intense travail de lutte contre la corruption. Elle a
publié de nombreuses revues et études (voir bibliographie) et créé son propre
département ad hoc. Elle a, enfin, institué ses propres mécanismes de contrôle,
simplement parce qu’elle-même se retrouvait souvent sous les feux de la critique,
certaines ressources de la Banque disparaissant dans la corruption. Une enquête
en Indonésie a notamment conclu qu’un tiers environ d’un crédit de la Banque
mondiale au gouvernement avait disparu à travers les différents canaux de la
corruption. A l’occasion de discussions avec divers collaborateurs de la Banque
mondiale attachés à la lutte contre la corruption à New York en juillet 1999 et
lors de la 9e conférence internationale anti-corruption à Durban (Afrique du
Sud) en octobre 1999, j’ai moi-même pu me convaincre du sérieux des efforts de
la Banque mondiale.
7.1.7. Fonds monétaire
international (FMI)
A
l’instar de la Banque mondiale, le Fonds monétaire a également lancé un
processus de lutte contre la corruption. Il est en effet notoire que des fonds
du FMI ont été utilisés massivement dans des cas de corruption, comme le
montrent les récents exemples des crédits du FMI à la Russie.
7.1.8. Organisation
mondiale du commerce (OMC)
L’OMC
a jusqu’ici considéré la corruption comme ne concernant pas spécifiquement le
commerce. Estimant que la lutte contre la corruption ne relevait pas de sa
compétence, elle n’a pas traité le sujet spécialement, malgré les tentatives de
Transparency International de l’y amener. Les efforts en vue d’intégrer
éventuellement une « Procurement Convention » dans les règlements de
l’OMC, montrent que le public accorde à ce sujet un intérêt croissant.
7.1.9. La Suisse
La
législation suisse sur le blanchiment d’argent sale a été nettement renforcée
en 1998, ce qui va aussi dans le sens de la lutte contre la corruption. La
convention de l’OCDE contre la corruption a été ratifiée en première lecture le
9 octobre 1999 par le Conseil National qui a, le même jour, approuvé une loi
supprimant la possibilité de déduction fiscale des pots- de-vin. C’est là un
pas important bien qu’un peu tardif, qui a été franchi au niveau de la
législation. La Suisse, en particulier la Direction du développement et de la
coopération, soutient activement divers efforts de lutte contre la corruption, déployés
notamment par Transparency International. Il serait encore nécessaire, au
niveau législatif, d’insérer une clause anti-corruption dans la loi sur la
garantie des risques à l’exportation et, éventuellement, une révision du secret
bancaire sous l’angle de la lutte contre la corruption, par exemple dans le
cadre de fraude fiscale.
7.2. Organisations non-gouvernementales, économie privée, Eglises et autres communautés religieuses
7.2.1. Organisations
non-gouvernementales
La
plupart des activités anti-corruption émanent actuellement de gouvernements et
d’institutions multilatérales, et bien moins des milieux de l’économie privée
ou des ONG. On attend beaucoup de la société civile et des ONG dans cette lutte
contre la corruption. Il reste beaucoup à faire dans ce domaine.
Parmi
les ONG, Transparency International (TI) occupe la place de tête des
organisations spécialisées dans la lutte contre la corruption. Fondée en 1993
par l’ancien directeur de la Banque mondiale, Peter Eigen, et l’ancien
secrétaire général du département du développement de l’Union européenne,
Dieter Frisch, elle est aujourd’hui déjà représentée dans plus de 70 pays avec
des sections nationales ou des organisations de contact, notamment dans la
plupart des pays en développement ou émergents. De même, la majorité des membre
du comité international provient depuis 1999 de pays en développement ! La
section suisse de TI, Transparency Switzerland, a été créée en 1995 à
l’initiative du secrétaire général de Pain pour le prochain.
7.2.2. Économie privée
Le
problème de la corruption relève, pour une part importante, de l’économie
privée — notamment des activités commerciales internationales — qui peut aussi
contribuer à la solution du problème. Il s’agit surtout des codes de conduite
internes des l’entreprises, mais aussi et toujours plus souvent de leur
disposition à participer au renforcement de mesures pénales et fiscales. Je
pense qu’à l’avenir les cinq grandes sociétés générales de révision comme
Pricewaterhouse Coopers ou KPMG, ou encore des sociétés de surveillance
douanière comme la SGS, vont jouer un rôle important. Elles exercent déjà une
grande influence sur les entreprises, les gouvernements et la présentation de
leurs comptes, et pourraient dès lors contribuer à la lutte contre la
corruption. Elles ont déjà reconnu les opportunités commerciales existantes en
la matière. Mais comme il y existe chez ces sociétés un danger de concentration
de pouvoirs, il faut qu’elles puissent être contrôlées démocratiquement. On se
souvient des cas de corruption dans lesquels la SGS elle-même s’est trouvée
impliquée.
7.2.3. Eglises
Les
Eglises et leurs représentants sont, eux aussi, partie à la fois du problème de
la corruption et de sa solution. Un peu partout, aujourd’hui, des responsables
et des directions d’Eglise se lancent dans la bataille contre la corruption. La
8ème Assemblée générale du Conseil œcuménique des Eglises à Harare a pris, à
cet égard, très nettement position, notamment dans la déclaration finale sur la
question de la dette. Cette communauté de plus de 350 Eglises a prié ses
membres de « s’engager pour des modes de gouvernement éthiques partout
dans le monde et pour pousser les gouvernements à légiférer contre toute forme
de corruption et de mauvais usage des crédits. ». Se prononçant sur les
droits de humains, l’Assemblée générale a qualifié la corruption de fléau
social, estimant que la protection légale de chaque citoyen contre la
corruption relevait d’un droit humain élémentaire.
7.2.4. Autres communautés
religieuses
Les
prises de position d’autres communautés religieuses sont encore sommaires, mais
elles existent. Ainsi, les communautés musulmanes du Nigeria se sont prononcées
contre la corruption. Les textes sacrés de quasiment toutes les traditions
religieuses s’opposent à la corruption. Cela représente un potentiel d’action
commune des communautés religieuses qui reste à développer et exploiter.
8. un code de conduite pour les œuvres d’entraide et les eglises –
et des clauses etatiques
8.1. Code de conduite 1999
du Cameroun
Les
gouvernements et les entreprises ont renforcé la lutte contre la corruption au
plan international. Les Eglises et les œuvres d’entraide ont suivi le
mouvement, lentement mais sûrement. Ainsi, Pain pour le prochain fait partie
des initiateurs d’un « code de conduite – modèle contre la corruption et
pour la transparence des ONG et projets d’Eglises, au Cameroun » Une
première mondiale ! Le texte complet du code en allemand, français
(version originale) et anglais est annexé. C’est la première fois qu’il est
publié hors du Cameroun !
En
1998, le Cameroun figurait en queue de liste des pays enregistrés dans l’indice
international de perception de la corruption (Corruption Perception Index, voir
paragraphe 2.3). Il est donc actuellement perçu comme l’un des pays les plus
corrompus. Parallèlement, le Cameroun est un pays dont Pain pour le prochain
soutient particulièrement le développement, dans la perspective de la longue
expérience acquise par la Mission de Bâle et le DM – Echange et mission.
Alarmés
par cette situation, les ONG camerounaises et les représentants des Eglises —
dont des partenaires de la Mission de Bâle et du DM – Echange et Mission — ont
tenu à se montrer plus actifs dans la lutte contre la corruption. En
collaboration avec Pain pour le prochain, le Centre pour l’environnement et le
développement a mené à Yaoundé, capitale du Cameroun, une enquête cofinancée
par la Direction de la coopération et du développement (DDC) suisse ainsi que
par « Transparency Switzerland », pour savoir dans quelle mesure les
ONG camerounaises étaient touchées par le problème de la corruption et quelle
était leur marge de manœuvre. Dans un premier temps, quatre experts camerounais
ont étudié la situation en 1998 auprès, notamment, de 15 organisations camerounaises
des secteurs les plus divers. La deuxième phase a intégré un séminaire organisé
fin mars 1999 à Mbalmayo près de Yaoundé, qui a réuni quelque 40 représentants
des œuvres d’entraide camerounaises, associations de paysans, Eglises et
organisations écologiques. Le volcan du Mont Cameroun, qui n’avait pas bougé
depuis 17 ans, s’est réveillé justement pendant le séminaire. L’événement a
pris valeur de symbole, car la volonté des représentants des ONG et des Eglises
de combattre enfin, sérieusement et ensemble, la corruption a jailli avec
presque autant de force que la lave et les fumées du volcan. Les participants
au séminaire ont discuté, complété, voire modifié l’analyse de la situation.
C’est au cours de la deuxième partie du séminaire, et surtout d’une nuit
entière de travail à laquelle j’ai participé, qu’ils ont élaboré un « code
contre la corruption et pour la transparence des organisations
non-gouvernementales et des projets d’Eglises ». Ce code, une première
mondiale pour les œuvres d’entraide et les Eglises, entend surtout promouvoir
un mode transparent de présentation des comptes, les structures démocratiques
de décision, la séparation des pouvoirs et la protection des personnes qui
participent à la lutte contre la corruption.
Le code contre la corruption et pour la
transparence repose sur huit principes :
· Respect
de la dignité humaine
· Respect
de l’intégrité morale
· Promotion
de la justice
· Promotion
de la transparence
· Refus
de la corruption
· Respect
des lois
· Droit
de dénoncer la corruption et d’y résister
· Priorité
de l’intérêt public sur l’intérêt individuel
Dans
la deuxième partie du code figurent neuf
mesures de mise en œuvre que les organisations signataires s’engagent
également à observer. Elles concernent en particulier la structure de l’organisation
(par exemple la séparation des pouvoirs, la pratique de recrutement, la
limitation des mandats, etc.), la formation interne et les sanctions concernant
la corruption, les mesures juridiques et le renforcement des échanges entre
organisations en matière de lutte contre la corruption. L’année prochaine, les
organisations signataires se retrouveront pour dresser le bilan des progrès
réalisés. Le secrétaire général de Pain pour le prochain était le seul
représentant du Nord participant au séminaire. Les Camerounais ont aussi appelé
les œuvres d’entraide et les Eglises du Nord à renforcer leur lutte contre la
corruption. Pain pour le prochain a ainsi invité les œuvres protestantes
d’entraide et de mission de Suisse à un séminaire pour les responsables de
projet. On peut se demander si les organisations de développement et de
mission, c’est-à-dire les organisations donatrices, ne devraient pas également
signer le code !
Le
grand défi sera donc de veiller que le code soit signé puis respecté par le plus
grand nombre d’organisations au Cameroun. Cela ne sera pas simple, car les
présidents ou directeurs d’organisation sont parfois eux-mêmes impliqués dans
la corruption. Toutefois, le débat sur la lutte contre la corruption — qui
prend de l’ampleur partout dans le monde — et les exigences concrètes posées
aux Etats (voir paragraphe 6.1) voient les Etats, les institutions ou les
individus de plus en plus disposés à saisir ce problème, si préjudiciable au
développement. La Fédération des Eglises et Missions évangéliques du Cameroun
(FEMEC) a organisé en juin 1999 un séminaire à l’intention des directions
d’Eglises, et décidé de préparer et publier une collection d’articles
théologiques sur la question de la corruption.
Des
codes volontaires contre la corruption pour des entreprises, des branches
économiques, des secteurs de la société civile ou encore pour des organisations
de développement ou des Eglises sont « nécessaires, mais pas
suffisants », comme le soulignait une évaluation du code éthique de la
Fédération internationale des ingénieurs-conseils (FIDIC, Lausanne) (Hofmann,
1999).
8.2. Clause étatique
anti-corruption de la DDC
A
côté des codes volontaires (voir ci-dessus), on peut aussi insérer des clauses
anti-corruption dans des contrats pour des projets de développement ou projets
d’Eglise. C’est ce que fait le gouvernement suisse, systématiquement depuis
1998 dans ses accords avec des gouvernements et des organisations privées sur
des projets de développement (par le biais de la Direction du développement et
de la coopération — DDC), et toujours plus fréquemment dans ses contrats
commerciaux (par le biais de l’Office fédéral des affaires économiques
extérieures, aujourd’hui Secrétariat d’Etat au Commerce — SECO).
La
« clause anti-corruption pour contrats » de la DDC mentionne que
« les contractants s’engagent à ne pas offrir à des tiers, et/ou à ne pas
solliciter, accepter ou se faire promettre pour soi-même ou pour autrui,
directement ou indirectement, des dons ou autres avantages considérés ou pouvant
être considérés comme une pratique illégale ou de corruption » (DDC,
lignes directrices, lutte contre la corruption, p. 24).
Cette
clause figure depuis 1999 dans tous les accords de programmes de la DDC, donc
également dans ceux de Pain pour le prochain et de l’Entraide protestante
suisse (EPER). Pain pour le prochain a adopté le même code dans les nouveaux
contrats avec les dix organisations partenaires du groupe de liaison PPP
(anciennement groupe CSME 3) de juin 1999. Cette clause a également été reprise
dans le code du Cameroun de mars 1999 à l’article 1.5 ! La Mission de Bâle
l’a intégrée parmi ses critères dans son projet de nouvelles lignes directrices
d’août 1999 : « Les projets et programmes de la Mission de Bâle n’ont
jamais recours aux moyens de la corruption ».
9. Un programme œcumenique de lutte contre la corruption
La
plus grande partie des projets de développement des œuvres protestantes
d'entraide et de mission est certes exempte de corruption, mise à part la
petite corruption — par exemple pour obtenir des autorisations — à laquelle de
nombreux projets ne peuvent échapper. La minorité des projets où la corruption
sévit encore, éclabousse toutefois l’image de la coopération au développement
qui est généralement sensible. Avec les quelques propositions de lutte contre
la corruption évoquées dans ce document, qui laissent espérer de bons
résultats, la coopération au développement et le travail de mission ne peuvent
qu’être gagnants.
Les
Eglises, les œuvres d’entraide des Eglises, les associations et sociétés de
mission peuvent et doivent aborder ensemble le problème de la corruption ;
cela leur permettra de se soutenir mutuellement et d’améliorer, au niveau
international, leur identité et leur crédibilité. Je propose par conséquent un « Programme
œcuménique de lutte contre la corruption (« Ecumenical Programm to combat
corruption », EPCC). Ce programme pourrait être placé sous l’égide du
Conseil œcuménique des Eglises (COE), éventuellement en collaboration avec la
Commission internationale catholique Justice et Paix.
Des
représentants du COE se sont, eux aussi, intéressés à étendre dans le monde
entier le code de conduite du Cameroun pour les Eglises. La lutte contre la
corruption est également un mandat précis que les Eglises ont donné au COE lors
de leur assemblée générale en décembre 1998 à Harare.
Les
Eglises et œuvres d’entraide accroissent ainsi leur crédibilité et sont alors
en meilleure position pour exiger des entreprises internationales,
gouvernements et institutions multilatérales qu’ils s’engagent dans la lutte
contre la corruption. Dans des projets d’Eglises ou liés à l’Eglise, la lutte
contre la corruption peut être parfois rendue difficile par une mauvaise
compréhension de l’idée de partenariat, qui devient idéologie lorsqu’elle sert
à couvrir une absence de transparence. La transparence, la franchise et la
nécessité de se rendre mutuellement des comptes sont les conditions nécessaires
à un partenariat fondé sur la confiance.
Pour
les Eglises, les œuvres d’entraide des Eglises et leurs programmes et projets
de développement, les possibilités de lutte contre la corruption sont
nombreuses :
· Analyser
dans quelle mesure sa propre organisation est touchée par la corruption et
comment elle gère le problème
· Élaborer
des instruments bibliques et théologiques sur la corruption
· Signer
un code contre la corruption (voir paragraphe 8)
· Coopérer
aux révisions des législations nationales sur la lutte contre la corruption
· Promouvoir
des déclarations publiques des Eglises contre la corruption dans son propre
pays
· Organiser
ou soutenir une campagne anti-corruption (« zero tolerance campaign »
comme par exemple celle du gouvernement du Botswana)
· Coopérer
avec les sections nationales de Transparency International
· Encourager
le dialogue Eglise-entreprises sur cette question
10. « Check list » de la lutte contre la corruption pour
les œuvres d’entraide, les missions et les Eglises
Pour
terminer, voici une liste de questions qui devraient permettre l’élaboration
d’une « check list » — non exhaustive et à compléter en fonction des
situations concrètes — pour orienter la lutte contre la corruption. Cette liste
s’adresse aux collaborateurs/trices des projets, aux directions et autres
responsables au sein des œuvres d’entraide, de mission et d’Eglises, des
programmes de développement et projets d’Eglises, désignés ici sous le terme
générique d’« organisation ».
1. A-t-on
étudié dans quelle mesure l’organisation est confrontée à des actes de
corruption et comment elle gère le problème ? Si non, qui pourrait
réaliser une telle étude ?
2. Existe-t-il
des instruments bibliques et théologiques pour l’étude de la Bible,
l’enseignement, la prédication et la cure d’âmes (également inter-religieux) et
sont-ils diffusés ?
3. La
signature du « code contre la corruption et pour la transparence »
(voir paragraphe 8) par l’organisation a-t-elle été planifiée et discutée avec
ses partenaires et — si la signature a déjà eu lieu — y a-t-il un contrôle
régulier du respect des dispositions ?
4. La
société d’audit qui vérifie les finances de l’organisation est-elle digne de
confiance et honnête ? Faudrait-il affecter des moyens supplémentaires
pour garantir ces critères ?
5. L’organisation
participe-t-elle aux révisions de la législation nationale sur la lutte contre
la corruption, éventuellement en lien avec des associations regroupant des
ONG ?
6. L’organisation
a-t-elle prévu ou fait des déclarations publiques contre la corruption aux
niveaux local, régional, national ou international ?
7. Existe-t-il
des clauses anti-corruption dans les accords de développement et de coopération
de l’organisation, ainsi que dans ses lignes directrices et critères de
sélection de projet ?
8. L’organisation
recherche-t-elle, en fonction de ses possibilités, le dialogue avec des
entreprises (surtout internationales) sur les mesures anti-corruption ?
9. L’organisation
participe-t-elle à des enquêtes sur les conséquences socio-économiques de la
corruption dans tel ou tel pays ?
10. La
dimension « sexospécifique » de la corruption a-t-elle été
abordée ?
11. Y
a-t-il une coopération avec la section nationale de Transparency International
(TI) pour un soutien mutuel dans la lutte contre la corruption ?
12. L’organisation
encourage-t-elle les « pactes d’intégrité » dans ses propres
projets ou dans les projets
gouvernementaux (éventuellement en collaboration avec TI) ?
13. Si
l’organisation s’engage en faveur de mesures de désendettement (Jubilé 2000),
a-t-elle souligné le lien entre désendettement et lutte contre la
corruption ?
14. Existe-t-il
une « hot line » dans ou hors de l’organisation pour l’annonce
anonyme de cas de corruption, à l’instar de celles qu’ont installées par
exemple diverses organisations de l’ONU ?
15. L’organisation
participe-t-elle à une campagne anti-corruption ou est-elle à même d’en initier
une ?
16. L’organisation
utilise-t-elle ses possibilités médiatiques pour lutter contre la corruption,
par exemple pour découvrir des cas de corruption (« give corruption a
face ») et pour protéger les journalistes critiques ?
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Les documents
mentionnés dans cette bibliographie sont, en cas de nécessité, disponibles
auprès de l’auteur.
CODE
CONTRE
LA CORRUPTION ET POUR LA TRANSPARENCE
DES ONGs ET DES PROJETS
D’EGLISES AU CAMEROUN
La
corruption est devenu le cancer de la société camerounaise. Elle s’est
développée au cours des deux dernières décennies, et gangrène désormais toutes
les couches de la société.
Conscientes de l’espérance que les
populations placent en elles, et de leurs rôles et responsabilité au sein de la
société, les ONG et les Eglises du Cameroun entendent œuvrer pour la lutte
contre la corruption et pour la promotion de la transparence.
Les ONG, les Eglises et projets d’Eglise
espèrent vivement que les autres secteurs de la société (Etat et secteur privé)
s’associeront par des mesures concrètes à leurs efforts.
L’objectif de ce code est de contribuer à
créer un cadre propice pour lutter contre l’injustice et à la promotion du
développement.
Ce code de conduite est un accord
volontaire, disposant d’instruments de contrôle.
Les organisations signataires, ci-dessous
désignées “l’organisation”, s’engagent à respecter le présent code de conduite.
1. LES PRINCIPES
L’organisation s’engage à respecter les
principes suivants :
1.1. Le respect de la dignité humaine : Le droit de tout homme,
toute femme, tout enfant, à être protégé contre les pratiques de corruption,
doit être réaffirmé et respecté.
1.2. Le respect de l’intégrité morale : l’intégrité morale qui
consiste en la confiance, la vérité et l’ouverture, est une condition pour les
relations humaines saines.
1.3. La promotion de la justice : La justice encourage
l’équité et l’égalité des chances entre tous, et contribue à réduire les
différences entre les différentes couches sociales. La corruption perpétue et
augmente les inégalités et l’injustice.
1.4. La promotion de la transparence : Tout acteur social a le devoir
d’informer la société sur ses buts, ses activités, ses résultats, ses moyens,
de façon délibéré ou à la demande. Ce principe ne doit être limité que pour des
raisons valables.
1.5. Le refus de la corruption : Tout acte de corruption doit être
condamné. Elle (l'organisation) s’engage à ne pas offrir à des tiers, et / ou
ne pas solliciter, accepter ou se faire promettre pour nous-mêmes ou pour
autrui, directement ou indirectement, des dons ou autres avantages considérés
ou pouvant être considérés comme une pratique illégale ou de corruption.
1.6.
Le respect des lois : Le respect de l’ensemble des
lois de l’Etat et des règles internes des ONGs et Eglises est une obligation,
dans la mesure où elles sont compatibles avec l’esprit du présent code de
conduite.
1.7.
Le droit de dénoncer la corruption
et d’y résister :
Tout individu a le droit de s’opposer à son implication contre son gré dans des
pratiques de corruption, et a le droit de dénoncer tout acte de corruption dont
il est témoin ou victime. Il doit recevoir le soutien des ONGs et Eglises
signataires du présent code s’il fait face à des menaces du fait de sa
résistance ou de son opposition à la corruption.
1.8. La priorité de l’intérêt public sur
l’intérêt individuel :
L’intérêt commun doit prévaloir sur les intérêts particuliers.
2. MISE EN ŒUVRE
L’organisation signataire s’engage à prendre
les mesures suivantes pour la mise en œuvre du code :
2.1. Structure : L’organisation adapte ses structures et ses
règles de procédure au présent code, notamment dans les domaines
suivants :
-
la séparation des différents organes, qui doivent être indépendants les uns des
autres (organes de direction, d’exécution et de contrôle)
la
transparence dans la gestion financière (par exemple double signature,
publication des comptes,
adoption de codes de procédure,...)
-
un audit extérieur et indépendant des comptes
-
le recrutement des membres et du personnel sur la seule base de leurs
compétences professionnelles
-
la limitation des mandats, pour permettre l’alternance au sein des ONG et
Eglises.
2.2. Information
sur le code :
l’organisation s’engage à diffuser et expliquer le code à tous ses organes ainsi qu’à son personnel,
de même qu’à ses consultants et partenaires.
2.3. Sensibilisation,
motivation et formation internes : L’organisation s’engage à sensibiliser,
motiver et former son personnel et ses organes, à tous les niveaux, à la mise
en œuvre du code.
2.4. Information
transparente :
L’organisation s’oblige à publier chaque année ses rapports d’activités et
financier, de même que son bilan.
2.5. Sanctions
internes : Si
le code, notamment le principe de refus de la corruption, est violé par une des
personnes de l’organisation, celle-ci est tenue de prendre des sanctions contre
les coupables. Ces violations et ces sanctions seront publiées autant que
possible.
2.6.
Evaluations régulières : l’organisation se soumet à un suivi
et à une évaluation réguliers de ses activités et structures.
2.7. Obligation
de rendre compte :
Chaque employé(e) a l’obligation de rendre compte en toute transparence, auprès
de l’organe signataire du code, des violations établies et vérifiables de ce
code, et spécialement du principe de refus de la corruption. Si aucune mesure
n’est prise, l’employé(e) peut porter l’information à la connaissance d’un
organe indépendant ou des médias. Tout employé rendant compte de telles
violations doit être entièrement protégé par l’organe signataire du code,
contre toute forme de représailles.
2.8. Mesures
juridiques :
L’organisation s’engage à saisir les tribunaux si les sanctions internes sont
inefficaces, ou si les lois sont violées. Si l’organisation a des doutes sur
l’indépendance du système judiciaire, elle s’engage, selon ses possibilités,
pour la promotion de l’indépendance de la justice.
2.9. Création
des réseaux :
L’organisation s’engage à créer ou à renforcer des réseaux de lutte contre la
corruption et pour la transparence. Elle s’engage à établir le dialogue sur les
principes de ce code avec le secteur privé et les institutions étatiques.
3. SUIVI ET EVALUATION DU CODE
3.1. Evaluation régulière : L’organisation s’engage à évaluer
régulièrement la
mise en œuvre de ce code, et
à inclure les résultats dans son rapport annuel.
3.2 . Révision du code : Le code peut être révisé par l’ensemble
des organisations
signataires sur la base de leurs
expériences prochaines. Les organisations
signataires se réunissent la
première fois au plus tard un ans après son
entrée en vigueur.
4. DISPOSITIONS FINALES
Ce code a été élaboré et adopté au cours de
l’atelier sur la transparence tenu du 29 au 31 Mars 1999 à Mbalmayo par les
représentants des ONG, Eglises et projets d’Eglise.
L’acceptation du présent code doit être
ratifiée par l’organe jouant le rôle de conseil d’administration, représenté
par son ou sa président(e).
Fait à
................................................ , le
.............................................
Organisation Représentée par Date et signature
ANNEXES
A. Définitions
Corruption : La corruption est l’abus du pouvoir
public ou privé pour les intérêts personnels.
Corruption
active : le
fait de proposer, sans droit, directement ou indirectement, des offres, des
promesses, des dons, des présents ou avantages quelconques pour obtenir d’une
personne dépositaire d’un pouvoir qu’elle accomplisse ou s’abstienne
d’accomplir un acte de sa fonction, ou un acte facilité par sa mission ou son
mandat.
Corruption
passive : le
fait pour une personne dépositaire d’un pouvoir de solliciter ou d’accepter,
sans droit, directement ou indirectement, des offres, promesses, des dons ou
avantages quelconques pour accomplir ou s’abstenir d’accomplir un acte de sa
fonction ou de son mandat.
B. Liste des
organisations signataires
C. Dispositions
législatives et réglementaires concernant la corruption au Cameroun
-------------------------------------------------------------------------------------
Pour des renseignements sur le code :
-
Centre pour l'environnement et le développement, Case postale 8451, Yaounde,
Cameroun. Tel : ++237 223857.
Fax : ++237 223859, e-mail : nguiffo@camnet.cm
Dr.
Samuel Nguiffo.
-
Pain pour le prochain, Monbijoustr. 29, CH-3001 Berne, Suisse. Tel : ++41
31 380 65 66, Fax : 380 65 64, e-mail : stueckelberger@bfa-ppp.ch,
Dr. Christoph Stückelberger.
Verhaltenskodex
gegen Korruption und für Transparenz
für Nichtregierungsorganisationen und
Entwicklungsprojekte der Kirchen in Kamerun
Präambel
Die Korruption ist das Krebsgeschwür der kamerunischen
Gesellschaft geworden. Sie hat sich in den letzten beiden Jahrzehnten
entwickelt und nunmehr alle sozialen Schichten erfasst. Im Bewusstsein der
Hoffnung, welche die Bevölkerung in sie setzt, und im Wissen um ihre Rolle und
Verantwortung innerhalb der Gesellschaft beabsichtigen die
Nichtregierungsorganisationen (NROs) und Kirchen von Kamerun, gegen die
Korruption zu kämpfen und die Transparenz zu fördern. Die NROs, Kirchen und
kirchlichen Projekte hoffen inständig, dass auch Staat und Privatwirtschaft
sich ihnen mit konkreten Massnahmen anschliessen.
Das Ziel dieses Verhaltenskodex ist es, einen günstigen
Rahmen zu schaffen, um gegen die Ungerechtigkeit zu kämpfen und sich für die
Entwicklungsförderung einzusetzen.
Dieser Verhaltenskodex (im folgenden Kodex genannt) ist
ein freiwilliges Übereinkommen, das über Kontrollmechanismen verfügt. Die
unterzeichnenden Organisationen, fortan „die Organisation“ genannt, setzen sich
dafür ein, den vorliegenden Kodex zu respektieren.
1.
Prinzipien
Die Organisation verpflichtet sich, die folgenden
Prinzipien zu respektieren.
1.1 Respektierung der
menschlichen Würde : Das Recht aller
Männer, Frauen und Kinder, gegen die Praktiken der Korruption geschützt zu
sein, muss bekräftigt und respektiert werden.
1.2 Respektierung der
moralischen Integrität :
Die moralische Integrität, die aus Vertrauen, Wahrheit und Offenheit besteht,
ist eine Voraussetzung für gesunde menschliche Beziehungen.
1.3 Förderung der
Gerechtigkeit : Die
Gerechtigkeit stärkt die Rechts- und Chancengleichheit aller und trägt dazu
bei, die Unterschiede zwischen den einzelnen sozialen Schichten abzubauen. Die
Korruption lässt die Ungleichheiten und die Ungerechtigkeit fortbestehen und
noch anwachsen.
1.4 Förderung der Transparenz : Alle sozialen Organisationen sind verpflichtet,
die Gesellschaft über ihre Ziele, Aktivitäten, Resultate und Mittel zu
informieren. Nur aus triftigen Gründen darf dieses Prinzip eingeschränkt
werden.
1.5 Ablehnung der Korruption : Jegliche Korruptionshandlung muss verurteilt
werden. Die Organisation verpflichtet sich, weder Dritten Vorteile
irgendwelcher Art direkt oder indirekt anzubieten, noch für sich oder für
andere direkt oder indirekt Geschenke entgegenzunehmen oder sonstige Vorteile
zu verschaffen oder versprechen zu lassen, die
als widerrechtliche Praxis oder als Bestechung betrachtet
werden oder betrachtet werden können.
1.6 Einhaltung der Gesetze : Die Einhaltung der staatlichen Gesetzgebungen und
der internen Reglemente der NROs und der Kirchen ist Pflicht, in dem Masse wie
diese mit dem vorliegenden Verhaltenskodex vereinbar sind.
1.7 Das Recht, die Korruption
anzuzeigen und ihr Widerstand zu leisten : Alle Einzelpersonen haben das Recht, sich zu
weigern, gegen den eigenen Willen in korruptionsverdächtige Handlungen
hineingezogen zu werden. Zudem haben sie das Recht, jegliche
Korruptionshandlung, bei denen sie Zeuge oder Opfer sind, zu melden. Jedes
Individuum, das aufgrund seines Widerstandes oder seiner Opposition gegen die
Korruption Drohungen ausgesetzt ist, muss die Unterstützung der NROs und
Kirchen erhalten, welche diesen Kodex unterschrieben haben.
1.8 Der Vorrang der Interessen
der Allgemeinheit vor Einzelinteressen : Das Gemeinwohl muss über den Interessen Einzelner
stehen.
2.
Umsetzung
Die unterzeichnende Organisation verpflichtet sich, die
folgenden Massnahmen zur Umsetzung des Verhaltenskodex zu ergreifen :
2.1 Struktur : Die Organisation passt ihre Strukturen und ihre
Verfahrensregeln dem jetzigen Kodex an, namentlich in den folgenden
Bereichen :
- Gewaltentrennung bei den verschiedenen Gremien, die
voneinander unabhängig sein müssen (Leitungs-, Führungs- und Kontrollorgane)
- Transparenz in der Finanzverwaltung (z.B..
Doppelunterschrift, Veröffentlichung der Jahresrechnung, Verabschiedung von
Verfahrensregeln,...)
- Eine externe und unabhängige Revision der Rechnung
- Die Auswahl von Gremienmitgliedern und des Personals
ausschliesslich auf der Basis der beruflichen Qualifikation
- Amtszeitbeschränkung, um innerhalb der NROs und der Kirchen
eine Wechselfolge zu gewährleisten.
2.2 Information über den Kodex : Die Organisation verpflichtet sich, den Kodex
allen ihren Organen wie auch dem Personal und den Beratern und Partnern
zuzustellen und zu erläutern.
2.3 Sensibilisierung, Motivation
und interne Schulung :
Die Organisation verpflichtet sich, das Personal und seine Organe auf allen
Ebenen für die Umsetzung des Kodex zu sensibilisieren, zu motivieren und zu
schulen.
2.4 Transparente Information : Die Organisation verpflichtet sich, alljährlich
ihre Tätigkeits- und Finanzberichte sowie die Bilanz zu veröffentlichen.
2.5 Interne Sanktionen : Sollte der Kodex, insbesondere das Prinzip der
Ablehnung der Korruption, von einer oder mehreren Angestellten der Organisation
selbst verletzt werden, ist diese angehalten, Sanktionen gegen den/die
Schuldigen zu ergreifen. Die Verletzungen und deren Bestrafungen werden so
schnell wie möglich publiziert.
2.6 Regelmässige Evaluation : Die Organisation unterstellt sich einer
regelmässigen Evaluation ihrer Aktivitäten und Strukturen.
2.7 Rechenschaftspflicht : Jede/r Angestellte hat die Pflicht, dem den Kodex
unterzeichnenden Gremium in aller Transparenz zu melden, wenn der Kodex
nachvollziehbar und überprüfbar verletzt worden ist, insbesondere wenn es um
das Prinzip der Ablehnung der Korruption geht. Sollten keinerlei Massnahmen
getroffen werden, so kann der/die Angestellte eine unabhängige Stelle oder die
Medien informieren. Alle Angestellten, die solche Verletzungen melden, müssen
vollumfänglich von der unterzeichnenden Organisation gegen alle möglichen
Vergeltungsmassnahmen geschützt sein.
2.8 Gerichtliche Massnahmen : Die Organisation verpflichtet sich, an die
Gerichte mit diesen Angelegenheiten zu gelangen, sollten die internen
Sanktionen nichts fruchten, oder die Gesetze gebrochen werden. Zweifelt die
Organisation an der Unabhängigkeit des Rechtssystems, setzt sie sich ihren
Möglichkeiten entsprechend für die Förderung einer unabhängigen Justiz ein.
2.9 Schaffung von Netzwerken : Die Organisation verpflichtet sich, Netzwerke zu
knüpfen oder zu stärken, die gegen die Korruption kämpfen und die Transparenz
fördern. Sie setzt sich dafür ein, dass mit dem Privatsektor und den
staatlichen Institutionen ein Dialog über die Grundsätze des Kodex aufgenommen
wird.
3.
Weiterarbeit und Evaluation des Kodex
3.1 Regelmässige Evaluation : Die Organisation verpflichtet sich, die Umsetzung
dieses Kodex in regelmässigen Abständen zu evaluieren und die Ergebnisse in
ihren Jahresbericht aufzunehmen.
3.2 Revision des Kodex : Der Kodex kann durch die Gesamtheit der
unterzeichnenden Organisationen auf der Basis ihrer gemachten Erfahrungen
revidiert werden. Sie versammeln sich zum ersten Mal spätestens ein Jahr nach
dem Inkrafttreten des Codex.
4. Schlussbestimmungen
Diese Kodex wurde während des Seminars über die
Transparenz vom 29. bis 31. März 1999 in Mbalmayo in Kamerun von den Vertretern
der NGOs, Kirchen und kirchlichen Entwicklungsprojekte ausgearbeitet und
verabschiedet.
Die Annahme dieses Kodex muss durch das Gremium erfolgen,
das die Funktion des Vorstands/ des Verwaltungsrats hat ; vertreten durch
dessen Vorsitzenden/ deren Vorsitzende.
Unterzeichnet in
........................................., am
..................................................
Organisation Vertreten
durch Datum und
Unterschrift
A. Definitionen
Korruption : Die Korruption ist der Missbrauch von öffentlicher oder
privater Macht zu privaten Zwecken.
Aktive Korruption : Der Vorgang, ohne das Recht zu haben, direkt oder indirekt
Angebote, Versprechungen, Gaben, Geschenke oder Begünstigungen irgendwelcher
Art vorzuschlagen, um von einer mit Befugnissen und Kompetenzen ausgestatteten
Person eine Handlung kraft seines Amtes oder eine Handlung, die durch ihre
Kompetenz oder ihr Mandat ermöglicht werden könnte, zu erreichen oder zu
verhindern.
Passive Korruption : Der Vorgang, als eine mit Befugnissen und Kompetenzen
ausgestatteten Person, ohne das Recht zu haben, direkt oder indirekt Angebote,
Versprechungen, Gaben, Geschenke oder Begünstigungen irgendwelcher Art zu
erbeten oder anzunehmen, um eine Handlung kraft seines Amtes oder seines
Mandats zu erfüllen oder zu verweigern.
B. Liste der unterzeichnenden
Organisationen
C. Gesetze und Verordnungen
zur Korruption in Kamerun
-----------------------------------
Übersetzung aus dem französischen Originaltext :
Helena Nyberg/Christoph Stückelberger
Für Informationen zum Verhaltenskodex :
-
Centre pour l'environnement et le développement, Case postale 8451, Yaounde,
Cameroun. Tel : ++237 22 38 57.
Fax : ++237 22 38 59, e-mail : nguiffo@camnet.cm
Dr.
Samuel Nguiffo.
-
Brot für alle, Monbijoustr. 29, CH-3001 Bern, Schweiz. Tel : ++41 31 380 65 66,
Fax : 380 65 64, e-mail : stueckelberger@bfa-ppp.ch, Dr. Christoph
Stückelberger.
For NGO’s and Church Projects in Cameroon
PREAMBLE
Corruption
is a universal phenomenon that knows no boundary, no race and no religion.
Corruption, which developed in Cameroon over the past two decades, has become
the cancer of the Cameroonian society, and is eating into the fabric of every
society stratum.
Conscious
of the hope the population has placed in them, and of their roles and
responsibilities in society, NGOs and the Churches of Cameroon intend to fight
against corruption and to promote transparency. NGOs, Churches, and Church
projects sincerely hope that other sectors of society (State and private
sector) would join in their efforts and take concrete measures with regard to
this fight.
The
objective of this code is to contribute to set up a framework that is
propitious for the fight against injustice and for the promotion of
development.
This code of conduct is an agreement which
organizations shall willingly adhere to and by so doing, accept to be bound by
the voluntary control mechanisms set up within the framework of this code. The
signatory organization (herein after referred to as "organization")
shall undertake to respect the present code of conduct.
1 THE PRINCIPLES
The organization shall undertake to respect the
following principles :
1.1 Respect of human
dignity : The right of every
man, every woman and every child, to be protected against corrupt practices,
should be reaffirmed and respected.
1.2 Respect of moral
integrity :
Moral integrity, the basis of confidence, truth and openness, is a prerequisite
for developing sound human relationships.
1.3 Promotion of
justice : Justice encourages
equity and equal chances for every-one, and helps in reducing the disparities
between the different social strata. Corruption perpetuates and increases
inequality and injustice.
1.4 Promotion of
transparency :
It is the duty of each social actor to inform the society on its aims,
activities, results, its means either willingly or upon request. This principle
shall be restricted only if there is a valid reason.
1.5 Rejecting
corruption :
Every corrupt act has to be condemned. The organization shall undertake to
abstain from offering to third parties, gifts or others advantages and /or
desist from solliciting, or accepting promises made to them or to other,
directly or indirectly, considered to be illegal or corrupt acts.
1.6 Abide by laws : Abiding by the laws of the State and internal
regulations of the NGOs and Churches
shall be obligatory, in so-far-as they are compatible with the spirit of this
code of conduct.
1.7 The right to report and
resist corruption :
Everyone has the right to resist
involvement against his wish in corrupt practices, and the right to report any
corrupt act he has witnessed or is a victim of. He has to be backed by NGOs and
Churches that are signatories to this code if he is being threatened because of
his resistance to corruption.
1.8 The precedence of
public interest over self-interest : Common interest should prevail over self-interest.
2 IMPLEMENTATION
The signatory organization shall undertake to take the
following measures for the implemention of the code :
2.1 Structure : The organization shall adapt its structures
and procedural rules to the present code, especially in the following
areas :
- Separation of different organs which have to be
independent from each other (management, execution and control),
- transparency in financial management (for
example : double signature, publication of accounts, adoption of
procedural codes…),
- external independent auditing of accounts,
- recruiting members and personnel on the sole basis
of professional competence,
- limiting terms of office to enable alternation
within NGOs and organs of Church projects.
2.2 Information on the
code : The organization
shall undertake to diffuse and explain the code to all its organs, as well as
its personnel, consultants and partners.
2.3 Sensitization,
motivation and internal training : The organization shall undertake to sensitize,
motivate and train its personnel and its organs at all levels, upon
implementation of the code.
2.4 Transparent
information :
The organization shall undertake to publish its progress and financial reports
as well as the balance sheet every year.
2.5 Internal
sanctions : Any member(s) who
violates the code, especially the principle of rejecting corruption, is liable
to sanctions from the organization..
These violations and sanctions shall be published as much as possible
2.6 Regular
evaluation :
The organization shall be subject to regular follow-up and evaluation of its
activities.
2.7 Accountability : With all transparency, each employee shall be obliged
to give an account to the organ that is a signatory to the code, of violations
of this code that can be proven and verified, and especially, the principle of
rejecting corruption. If no action is taken, the employee may bring the
information to the attention of an independent organ or the media. Any employee
that accounts for such violations has to be entirely protected against any
reprisals by the organ that is a signatory to the code.
2.8 Legal measures : The organization shall take matters to court if
internal sanctions are ineffective, or the laws are violated. According to its
means, the organization shall undertake to promote the independence of the
judicial system if it has doubts on its independence.
2.9 Setting up
networks : The organization
shall undertake to set up anti-corruption and protransparency networks.
3 FOLLOW-UP AND EVALUATION OF THE CODE
3.1 Regular
evaluation :
The organization shall undertake to regularly follow-up the implementation of
this code and include the results in its annual report.
3.2 Revision of the
code : The code may be
revised by all the signatory organizations based on the experience acquired
during its implementation. The first meeting shall take place at most one year
after the code has come into force.
4 FINAL PROVISIONS
This code was designed and adopted during the
workshop on transparency that held in Mbalmayo from 29 to 31 March 1999 and
brought together representa
tives of NGOs, Churches and Church Projects.
This code shall be ratified by the organ that plays
the role of board of directors, represented by its president.
Done in ......................................................
on ...............................................
Organization Represented by Date and Signature
Appendix
A Definitions
Corruption : Corruption is
the abuse of public or private authority because of self-interest.
Active corruption : Unlawfully propose bids, promises, gifts, presents or
advantages of any kind, directly or indirectly, in order to influence someone
who has authority to carry out or refrain from carrying out an act, which falls
within his remit, or an act facilitated by his mission or mandate.
Passive corruption : When someone who has authority unlawfully sollicits
or accepts bids, promises, gifts or advantages of any kind in order to carry
out or refrain from carry out an act which falls within his remit.
NGO : In this context NGO refers to all types of
organizations existing in Cameroon and governed by the laws on associations
CIG, EIG or Cooperatives.
Church : Church refers to any institution whose objective is
to propagate and reinforce the Christian faith.
B. List of signatory
organizations
C. Laws and regulations on
corruption in Cameroon.
(Original version of the code is in french)
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For further information on
the code
-
Centre pour l’environnement et le développement, PBox 8451, Yaounde, Cameroon
Tel ++237 223859, Fax ++ 237 223859, e-mail : nguiffo@camnet.cm
Dr.
Samuel Nguiffo.
-
Bread for all/ TI Switzerland, Monbijoustrasse 29, CH-3001 Bern, Switzerland,
Tel
++41 31 380 65 66, Fax 380 65 64, e-mail stueckelberger@bfa-ppp.ch,
Dr.
Christoph Stückelberger.