Prof. Dr.
Christoph Stückelberger
Université de Bâle/ Suisse et Pain pour le
prochain/Suisse
Faculté de Théologie Protestante de
Yaoundé/Cameroun
14-26 0ctobre 2002
e-mail: stueckelberger@swissonline.ch;
www.christophstueckelberger.ch
Quelle
est la question éthique ? Comment financer - dans une
démocratie - des partis politiques et des campagnes électorales en respectant
des valeurs éthiques et avec le but d’une libre expression de la volonté
des électeurs/électrices?
Dix
thèses éthiques :
1-3 des constatations ; 4-5 des valeurs éthiques ; 6-9 des
propositions pratiques ; 10 Le rôle des Eglises
1. Un
phénomène global : L’in-transparence, la
manipulation et la corruption dans le financement des élections est un phénomène
global, dans le Nord comme dans le Sud.
Dans les années passées, beaucoup de pays on vu un tremblement politique à cause des scandales de financement des partis et des élections. Quelques Exemples : Les Etats Unis (Enron), la France, l’Allemagne, la Grande Bretagne, la Canada, le Cameroun, Israel.
En Suisse, il n’y a pas de financement des partis et des élections par l’Etat, mais comme conséquences une grande dépendances des partis des dons du secteur privé et d’individu.
2.
Compétition des pays : Comme résultat de ces
conflits, dans beaucoup de pays on élabore (ou on a réalisé) des améliorations
des systèmes de financements des partis et des élections. Ces améliorations
augmentent la compétitivité d’un pays au niveau international.
Le nouveau Rapport du développement humain du PNUD 2002 (UNDP Human Development Report) traite le développement des démocraties. La liste des pays sur la performance démocratique augmente la compétition, comme l’index de perception de la corruption de Transparency International TI. La liste est basée sur six « indicateurs objectifs » (comme la participation aux élections, nombre de femmes dans le parlement national et nombre d’ONG) et des « indicateurs subjectifs » (comme les droits politiques, la liberté de presse, l’absence de violence).
3. Le
Cameroun : Le parlement et le gouvernement
camerounais ont commencé d’améliorer la transparence, mais les faites montrent
que le pays a encore beaucoup de chances de s’améliorer et de devenir plus compétitif.
La loi du parlement du 19 Novembre 2000 et
le décret du Chef d’Etat du 8 Octobre 2001 sur le financement des campagnes
électorales montrent la volonté politique d’améliorer la situation du
financement par le respect de quatre valeurs : « régularité,
impartialité, objectivité et transparence ». Néanmoins, la réalité des
élections 2002 était fortement discutée et critiquée. En plus, dans la liste
2002 du PNUD sur les indicateurs démocratique (voir thèse 2) le Cameroun figure
avec la note moins 4 (-4) sur une liste de –10 à +10. Des chances donc de
s’améliorer.
4.
Valeurs éthiques : La démocratie et les élections
comme sa fondation sont basée sur et ne fonctionne qu’avec le respect de six valeurs
suivantes : L’équité/égalité (des chances), la participation (de la
population), la liberté (d’expression), le bien commun (avant le profit
personnel), le partage et le contrôle (du pouvoir) et la transparence (des
transactions), en sommaire le respect des droits de la personne. Les systèmes
de financement des partis et des élections doivent respecter et renforcer ces valeurs
éthiques.
L’équité/l’égalité (des chances) : les mêmes droits pour tous, y compris
ceux en pauvreté. La corruption sape souvent les droits des plus faibles qui
n’ont pas les moyens de corrompre et sont vite sous pression économique d’être
corrompu. Moralement le pire est si les juges comme représentants de la
justice, les politiciens comme représentants de l’intérêt publique et les
pasteurs comme représentants de l’intégrité morale eux-mêmes agissent comme
corrupteurs/corruptrice ou corrompus.
La participation (de la population) : L’égalité inclut la possibilité de la
libre participation de la population aux décisions ou au moins aux élections.
La participation suppose une véritable information.
La liberté (d’expression) respecte l’autre dans sa dignité et son
indépendance et est une conséquence de l’égalité et l’équité.
Le bien commun (avant le profit personnel) : la corruption est internationalement défini
comme l’abus de pouvoir public ou privé pour satisfaire des intérêts
particulier. La corruption - notamment des candidats d’élections et des élus, -
sacrifie donc l’intérêt commun (de la communauté) à l’intérêt particulier et
privé. Une Camerounaise m’a dit cette semaine qu’elle ne croît plus au mythe de
la vie communautaires des Africains. La corruption détruit la communauté.
Le partage et le contrôle (du pouvoir) : Le pouvoir de chaque être humain doit
être limité et contrôlé d’une manière ou d’une autre parce que chaque être
humain est en danger d’abuser son pouvoir, grand ou petit. Dieu seul – selon la
foi chrétienne – a le pouvoir absolu et illimité. Le partage de pouvoir doit se
faire dans chaque forme de gouvernements, notamment dans la démocratie. Le
partage et le contrôle du pouvoir est une expression de l’exercice responsable
du pouvoir. Les textes bibliques montrent que Dieu enlève le pouvoir de ceux et
celles qui l’exercent d’une manière incontrôlé
La transparence (des transactions) : La transparence est une condition pour la
confidence dans l’autre. La confidence est une condition pour chaque relation
humaine durable, mais notamment pour des communautés démocratiques.
En sommaire le respect des droits de la
personne : la
corruption ainsi que le financement in-transparent des partis ou des élections
empêche que l’individu ne puisse jouir des droits qui lui ont été attribués
puisqu’il doit les acheter ou il les vends. Mais les droits humain ne sont pas
des biens à acheter et à vendre ! Ils sont invendables. Ceux qui les
vendent commettent la prostitution morale et politique. L’assemblé général du
Conseil Œcuménique des Eglises en1998 a estimé que la protection de l’individu
contre les actes de corruption relevait d’un droit humain élémentaire !
5. Rôle
de l’information et de l’éducation : Ces
valeurs sont seulement respectées si les candidats d’élection peuvent convaincre
les électeurs au lieu de les acheter. L’information et l’éducation doivent donc
jouer un rôle décisif dans le système électoral.
Seulement des personnes informés peuvent réaliser les valeurs et les droits
mentionnés. Le financement des élections doit donc - prioritairement – être
utilisé pour l’information de la population sur les différents programmes des
partis politiques, en deuxième ligne pour l’éducation des électeurs sur leurs
droits et obligations et en troisième ligne pour l’information des candidats
sur leurs programmes politiques.
6.
Mesures A : diversification et limitation du financement. La diversité des sources de financement et la limitation des montants diminue
la dépendance et augmente l’égalité et la liberté de choix.
·
Diversification :
Si les élections sont financées par différentes sources comme des contributions
de l’Etat, des cotisations des membres des partis, des dons de personnes privés
et des contributions du secteur privé, le danger de l’abus et de la pression
par ce financement se diminue.
·
Limitation :
En plus, dans plusieurs pays qui souffraient des scandales de financement
in-transparent des élections, la limitation du financement est proposée. Une
proposition importante est de limiter les dons de personnes naturelles ou morales
à une parti ou un/une candidat/e.
·
Interdiction:
La limitation se fait aussi par l’interdiction de certain cas : a)
d’interdire des dons de personnes morales à des candidats individuels, b)
d’interdire des dons d’entreprises du service publiques aux partis politiques
ou candidat/e/s, c) d’interdire des dons après avoir reçu un avantage ou un
vote, d) interdire des dons des candidats à des électeurs ou groupes
d’électeurs.
·
Réduction :
La limitation du financement sert aussi à réduire les dépenses pour les
élections qui augment constamment, quelque fois à des montants astronomiques
(Etats Unis).
7.
Mesures B : transparence par publication du financement. La publication des différentes sources de financement est une condition
pour la transparence du financement électoral et le contrôle démocratique.
·
La
publication obligatoire de toutes les sources financières des partis dans leurs
rapports annuels ou immédiatement pendant des élections (p. e. dans l’Internet)
augmente fortement la transparence. Les médias peuvent donc reprendre ces dates
pour leurs recherches et l’information de la population.
8.
Mesures C : contrôle indépendant du financement. L’indépendan-ce du contrôle du financement est décisif.
·
Contrôle :
Le contrôle doit aussi inclure les organisations liées aux partis politiques
pour éviter de tromper et tricher le contrôle des partis politiques.
·
Décentralisation :
la décentralisation du système politique est normalement une expression du
partage du pouvoir (voir valeurs fondamentales).
9 Mesures
D : sanctions de la violation des règles. Les
sanctions par des tribunaux qui sont indépendants et libre de corruption, sont
une condition pour le fonctionnement du financement transparent des élections.
·
Sanctions
juridiques : la gestion correcte du contentieux électoral
·
Les
sanctions doivent inclure l’exclusion des candidats des listes actuelles ou
d’élections futures.
10.
Corruption dans les Eglises et leur lutte contre la corruption : Les Eglises sont une part du problème et une part de la solution. Les
règles du financement des élections sont également valables pour les Eglises.
·
La
crédibilité des Eglises dépend entre autre de leurs capacité de transparence.
·
Mesures :
chaque Eglise élabore un décret sur le financement des élections au différents
niveaux de l’Eglise et sur le comportement des pasteurs et autre fonctionnaires
de l’Eglise sur la base des thèses ci-dessus.
·
Quelques
Eglises ont déjà signé le « Code de Conduite pour la Transparence et
contre la Corruption des Eglises et des ONG au Cameroun » de 1999.
Les autres sont invités à signer.